L'écrivain Maurice Zermatten, solide figure du paysage valaisan et de sa mythologie officielle, est décédé dimanche dernier à l'âge de 90 ans (LT du 12 février). Issu d'une famille paysanne et né en 1910 à Saint-Martin dans le val d'Hérens, il avait écrit une

centaine d'ouvrages, dont une moitié de romans.

La Liberté

Fribourg, 12 février 2001

L'enchantement de la poésie

«Il n'a jamais fini ses études. C'est qu'il s'ennuyait ferme à Fribourg. A peine moins qu'à Granges où on l'avait déjà envoyé pour apprendre l'allemand. Le Valais, la terre du val d'Hérens, le soleil manquaient à ce jeune homme, cadet d'une famille de neuf enfants, très tôt pris par l'enchantement de la poésie. Les pieds sur la terre mais la tête dans les songes, disait-il de lui enfant. Mais le passage de Maurice Zermatten à l'abbaye d'Hauterive a sans doute été l'élément déclencheur de ce qui était déjà une passion. […] En 1935, on l'appelle […] pour lui proposer un remplacement d'un mois au lycée de Sion. Un remplacement qui durera quarante ans.» (MAG)

Le Matin

Lausanne, 12 février 2001

Tout vu tout juste

«Il a tout empoigné, et empoigné en maître. […] J'ai eu mille fois l'occasion de partir de bibliothèques en archives, de caves en galetas pour traquer le Valais, son passé, son âme, ses espérances, ses exploits, ses dangers. A chaque fois, je me cassais le nez sur Zermatten, ses livres, ses plaquettes, ses articles. Je cherchais le Valais, je trouvais l'universel. Maurice Zermatten a tout fouillé, tout écrit, tout vu, tout dit. Le comble, c'est qu'il a vu juste, et qu'il l'a dit plus juste encore!»

(Pascal Thurre, cité par Jeanine Berthouzoz)

Le Nouvelliste

Sion, 12 février 2001

Feu des quatre fers

«Ceux qui le voient aujourd'hui comme un écrivain passéiste et un poète bien comme il faut ne l'ont pas connu à l'époque où il faisait feu des quatre fers à la Une. Contre les architectes bétonneurs, contre l'urbanisme niveleur et sans âme des années 60, contre les béni-oui-oui d'une certaine modernité dont le Valais a bien failli crever. […] Il […] tire sa révérence […] à l'aube d'un siècle qu'il n'aurait peut-être pas trop aimé. Mais qui aurait grand besoin de gens comme lui.» (François Dayer)

L'allégorie de la mort

«[Son œuvre] est un flux continu du pays au livre et du livre au pays, […] comme dans L'Homme aux herbes (1980), où l'existence de Colas Bourdin vécue avec son chien, sa chèvre et ses herbes est une image-allégorie de la mort et de la naissance des civilisations dans le pays valaisan: le destin de cet homme qui perd ses raisons de vivre symbolise la rupture culturelle du Vieux-Pays. […] Zermatten écrit des milliers de pages d'une écriture variée: parfois en agencement de phrases bien rythmées, parfois en ellipse et en raccourci, évitant deux écueils extrêmes, le relâchement du style et la fioriture littéraire.» (Henri Maître)

24 Heures

Lausanne, 12 février 2001

L'officier supérieur

«L'idéologue et l'homme de pouvoir, […] assimilèrent le nom de Zermatten à l'image d'un «helvétiste» réactionnaire pur et dur. La parution, en 1969, du Petit Livre de la défense civile, traduit et préfacé par l'officier supérieur Zermatten et jetant le discrédit sur les intellectuels potentiellement traîtres, provoqua une polémique d'envergure nationale. […] Le Maurice Zermatten romancier s'est fait le poète, parfois manichéen, voire lénifiant (mais avec une vive perception du tragique) de la permanence terrienne et chrétienne, marquée par l'observance des lois coutumières des paysans de montagne (le livre consacré à sa mère, Ô vous que je n'ai pas assez aimée, […] en est une très belle illustration).» (Jean-Louis Kuffer).

Le Nouvelliste

Sion, 13 février 2001

Ecrire en Valais

«Il écrivait des livres que je pouvais toucher, humer, lire! […] On pouvait donc écrire, nous aussi, dans cette terre du Valais! En percevoir la grave musique entrecoupée de jets de lumière et la relever sur du papier. Nous aussi, de ce canton reculé, de cette contrée de fortes pierres, nous pouvions écrire des choses belles! Peut-être même des choses importantes!» (Jean Romain)

Tribune de Genève

Genève, 12 février 2001

Titre de la rédaction

«Les mazots pleurent Zermatten.»