Collectif. Henry-Louis Mermod. Tra-jectoires n° 4. 412 p.

Mermod a été l'éditeur de Ramuz à partir de 1927 et jusqu'à la publication des 23 tomes de ses premières œuvres complètes. Mais aujourd'hui, qui connaît encore celui que Philippe Jaccottet surnomme «le Gaston Gallimard helvétique»?

Lacune que comble enfin l'opulent dossier de 350 pages que lui consacre la revue française Tra-jectoires. Amaury Nauroy, le jeune directeur et unique rédacteur de cette publication soignée et hors norme, a mené l'enquête, compulsé les archives, rencontré plusieurs personnes qui ont côtoyé Mermod, et il propose une approche en trois tableaux: un essai biographique, la correspondance de l'éditeur et de Francis Ponge (129 lettres échangées entre 1946 à 1961), et le catalogue complet, éblouissant, des Editions Mermod.

Menée d'une plume alerte, la partie biographique flirte avec le reportage, s'enrichit de descriptions, de commentaires et, surtout, de témoignages et de citations, comme autant d'éclairages bienvenus sur un homme de goût, élégant, dandy, enthousiaste à la légèreté d'oiseau. Mermod, issu d'une famille aisée de Sainte-Croix, est venu à l'édition par admiration pour Ramuz. En esthète inventif, il veut lier la beauté du texte à la beauté d'un objet. Et il sait stimuler le génie des artistes. Dans cette carrière, deux étapes brillent d'un éclat intense: au début des années 1930, la création du merveilleux hebdomadaire Aujourd'hui, que Mermod confie à Ramuz et Roud. Puis, après-guerre, quand Jaccottet travaille pour Mermod à Paris: alors que plusieurs maisons d'édition romandes qui avaient accueilli les poètes de la Résistance périclitent, Mermod publie Colette, Michaux, Ponge, de nombreuses traductions... «Je vous préfère à tout autre éditeur», avoue Ponge à Mermod dans une de ses dernières lettres. Peut-être pour cette gourmandise bien placée, que relevait Ramuz: «Vous êtes tout plaisir et, ce que vous avez distingué par plaisir, vous le réalisez par plaisir.»