Il est presque minuit mardi soir, le concert d'Eminem s'est achevé il y a une heure. Sur TF1, dans l'émission Ciel mon Mardi, la conversation conduit au sujet du jour. Pages des quotidiens Le Monde et Libération à l'appui, une chroniqueuse tente vainement de calmer la polémique qui fait rage: «Il faut comprendre Eminem, il a eu une enfance si dure.» Tandis que les penseurs et les médias du monde entier analysent avec force arguments sociologiques la question Eminem, des milliers d'amateurs continuent d'écouter avec passion le nouveau prodige du rap.

Par crainte des débordements, apeurées par les titres scandalisés de la presse française, la Mairie de Paris avait dépêché à Bercy des colonnes de policiers. Au final: rien à signaler!. A l'issue du concert, les spectateurs se dispersent presque silencieusement. Saturés de musique. Il semble que les seuls à percevoir la farce derrière les flots nauséabonds d'Eminem sont ses fans eux-mêmes. Lorsqu'il insulte les spectateurs, aucun d'entre eux ne songerait une seconde à le prendre au pied de la lettre. Quand Eminem étrangle son ex-femme dans le morceau «Kim», l'assassinat est prétexte à plaisanteries pour les auditeurs.

Eminem, en construisant sa propre mythologie d'enfant terrible et de rescapé de l'enfer familial, utilise le langage de son public et réintroduit de la morale dans son discours. Il semble toujours affirmer: «Si vous aviez eu la vie que j'ai eue, vous comprendriez pourquoi je suis aussi violent.» Ce n'est pas tant par la violence de ses propos que par l'excuse qu'il leur trouve qu'Eminem alimente la violence réelle.