Musique

Riccardo Muti, l’éloquence d’un pur-sang italien

Le chef napolitain dirigeait un concert de gala dimanche soir à l’Opéra des Nations de Genève. Un florilège de pièces instrumentales bien servies, même si le programme était un peu court

Le port altier, le visage légèrement figé, presque intimidant, Riccardo Muti incarne le «maestro» par excellence. Depuis plusieurs années, le chef septuagénaire transmet sa flamme à la jeune génération. Dimanche soir, il dirigeait un concert de gala à l’Opéra des Nations de Genève à la tête de l’Orchestra Giovanile Luigi Cherubini, qui regroupe des musiciens italiens âgés de moins de 30 ans. Cet engagement en faveur de la relève en Italie illustre à quel point il est attaché à ses racines.

Face à une salle comble, le «maestro» a livré une leçon de style. Autant dans sa jeunesse Riccardo Muti personnifiait la fougue débridée, autant son geste noble et impérial rappelle désormais l’art des chefs du siècle dernier. Son regard aquilin ne cille pas, ou à peine; diriger relève d’une haute mission qui ne tolère aucune effusion trop démonstrative. C’est d’ailleurs fascinant de voir à quel point il lui suffit d’esquisser un mouvement ou de jeter un œil vers tel pupitre, sans jamais rien exagérer, pour que la réaction se fasse sentir immédiatement dans les rangs de l’orchestre.

Pièces tirées d’opéras

Le programme musical – typique d’un concert de gala – regroupait des intermezzi et séquences instrumentales extraits de grands opéras véristes et verdiens. Evidemment, ces pièces ne sont pas destinées à être jouées ensemble dans un concert, d’où une certaine frustration pour l’auditeur avide de répertoire symphonique plus substantiel. Mais Muti maîtrise parfaitement le sujet, et les jeunes musiciens lui obéissent à l’œil et à la baguette. Tout en leur souriant de temps à autre, il impose une discipline qui se ressent dans le rendu orchestral. Chaque note est à sa place; le grand chef déroule des cantilènes magnifiquement galbées, avec un équilibre des registres et une palette de nuances (des pianissimi millimétrés) qui forcent l’admiration.

Belle cohésion des musiciens

Réunis sur la scène de l’Opéra des Nations sous les décors du prochain Don Giovanni, les musiciens (décidément très jeunes) font preuve d’une belle cohésion. Visiblement soucieux de bien faire, l’œil rivé sur le maître, un rien tendus tout d’abord, ils se montrent engagés. Muti n’en rajoute pas dans le registre sentimental: il se contente de servir le lyrisme propre aux pièces avec une éloquence très digne. On admire ces longues mélopées dans Contemplazione d’Alfredo Catalani. Cet esprit contemplatif, empreint parfois de dolorisme latin, se prolonge dans les pièces qui suivent (le Notturno de Martucci aux cordes soyeuses). A l’inverse, l’intermezzo de Manon Lescaut de Puccini se distingue par des bouffées de lyrisme plus âpres. Les cordes chantent de bout en bout.

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En seconde partie, Riccardo Muti dirigeait le ballet Les quatre saisons, tiré des Vêpres siciliennes de Verdi. Ici, on apprécie les solos aux bois dans un registre léger, enjoué, alors que l’Ouverture (jouée en apothéose du concert) impose un ton beaucoup plus dramatique. On a là une superbe interprétation, pleine de relief et d’éclat. Très applaudi par le public, Muti n’a pas daigné diriger un bis – jusqu’à la fin, il s’est drapé dans son costume de «maestro».

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