Avatar vous a fait rêver? Laissez-vous donc tenter par The Marsdreamers: la preuve que même sans moyens hollywoodiens et sans 3D dernier cri, on peut voir loin. Depuis la Suisse. Minuscule David face au nouveau Goliath des écrans, le film de Richard Dindo (lire aussi interview en p. 11) consacré à des passionnés de la planète Mars aurait même de quoi mettre d’accord fans et détracteurs de James Cameron. En mettant la science-fiction à l’épreuve du réel… sans pour autant arriver fondamentalement à d’autres conclusions: pour survivre, l’humanité va devoir évoluer.

Après l’accueil tiède réservé à ses derniers films (de Genet à Chatila à Qui était Kafka?), Dindo aurait-il vu rouge? Toujours est-il qu’avec The Marsdreamers, le cinéaste zurichois prend un nouveau départ avec ce film «américain», tout en restant fidèle à sa ligne. Et rappelle au passage qu’il compte parmi les grands du genre documentaire, au niveau mondial. Présenté au dernier Festival de Locarno (section Cinéastes du présent), son film mérite mieux qu’une sortie confidentielle, tant sa manière de mêler utopie et science-fiction, humanisme et écologie, portraits pleins d’empathie et distance ironique est épatante.

Plus fort que Hollywood

Au début, on se croirait dans des chutes de Mission to Mars (Brian De Palma), Red Planet (Anthony Hoffman) ou Ghosts of Mars (John Carpenter), les films de la dernière ruée hollywoodienne sur Mars, en 2000. Le désert de Mojave ne ressemble-t-il pas étonnamment à ce qu’on sait de la surface de la planète rouge? C’est aussi ce que pensent quelques chercheurs qui recréent là les conditions d’un prochain atterrissage (ou «amarsissage»?). Plus fort encore, d’autres ont déjà modélisé dans le détail de futures colonies et même imaginé Mars comme une étape vers d’autres galaxies! A la question s’ils partiraient demain sur cette planète inhospitalière s’ils le pouvaient, sans garantie de retour, tous ces passionnés répondent par un oui immédiat. En contrepoint, seuls des enfants et quelques Indiens croisés en chemin répondent par la négative…

Car, bien sûr, Dindo ne se contente pas de tendre ses micros. Toute la stratégie de son film consiste à approfondir ce rêve, en sondant aussi le paysage, l’histoire américaine et le Zeitgeist. Avec ce qu’il faut de distance, de respect qui n’exclut pas un peu d’humour, ils n’en sont que plus étonnants et parfois émouvants, ces rêveurs prêts à payer de leur personne, de leur vie.

Pour finir, il revient à l’auteur de science-fiction Kim Stanley Robinson de remettre ce rêve de Mars en perspective: «destinée manifeste», besoin d’aventure, d’élévation spirituelle ou nostalgie d’une Terre meilleure? Une interview éclairante qui fait culminer l’admirable construction du film. Entre simulations virtuelles et portraits habités, rêves d’ailleurs et réalités d’ici, sans jamais oublier leur dimension poétique, Richard Dindo a signé là une sorte de chef-d’œuvre.

The Marsdreamers, de Richard Dindo (Suisse/France 2009). 1h23. A Genève (Scala) et Lausanne (Zinéma) dès mercredi. Avant-premières en présence de l’auteur et du spationaute Claude Nicollier ce soir à l’Atlantic de Lausanne (20h) et demain au Scala de Genève (19h30).