jazz

Richard Galliano, retour à la case urgence

Soliste invité, l’accordéoniste squatte le dernier disque du violoniste Christian Howes

Genre: jazz
Qui ? Christian Howes-Richard Galliano
Titre: Southern Exposure
Chez qui ? (Resonance/HR Music)

«Les violonistes d’aujourd’hui sont formidables, ils m’impressionnent. Mais vous savez, ils ont tous le même son…» Ce cri du cœur que nous confiait jadis Stéphane Grappelli n’a pas à mettre dans l’inconfort Christian Howes, violoniste et pédagogue anglais d’à peine 40 ans qu’habite la volonté d’aller chercher son bonheur – celui du son en premier lieu – ailleurs que dans l’approche consensuelle de l’instrument.

Ses mentors à lui, il les grappille (un verbe qui s’impose pour les violoneux du jazz) dans la réserve des non-orthodoxes, incapables de se plier aux règles du bien jouer si elles impliquent un déficit de swing brut. On est là de plain-pied dans la tradition des Stuff Smith-Joe Venuti, bûcherons de l’instrument qu’ils ont renoncé à pratiquer avec des gants de boxe pour de pures raisons de convenance.

La robustesse de son partenaire fait rentrer Richard Galliano, special guest mais véritable point de mire de la séance, dans son état de grâce habituel dont l’avait brièvement délogé une insipide flânerie chez Nino Rota. Si l’inflation actuelle d’«Oblivion», tire-larmes obligé de tout hommage à Astor Piazzolla, a fini par étouffer l’âpreté des versions du maître, il est ici restitué à sa poignante nostalgie, par effet de contraste entre un Howes qui tente de se l’approprier de l’extérieur et un Galliano qui l’habite de l’intérieur. Suspendu entre ciel et terre, le final fait d’échanges serrés entre le violon sinueux de Howes et l’accordéon cinglant de Galliano s’écoute en retenant son souffle.

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