Ce n'est pas la première fois que Richard Long vient œuvrer en Suisse. Il l'a déjà fait à la Furka et dans les Alpes glaronaises, car son art est un art d'intervention dans des paysages grandioses. Son contact helvétique est d'ailleurs la Galerie Tschudi de Glaris. En 1977, il avait les honneurs de la Kunsthalle de Berne et le Musée Rath de Genève lui a accordé la vedette en 1987. Mais ce n'est pas courant de le retrouver dans un Centre culturel en devenir (lire ci-contre).

Loèche-Ville, toutefois, peut se targuer de posséder un certain patrimoine – avec l'un des plus importants ossuaires de Suisse et une belle fresque représentant une danse des morts (sous l'église Saint-Stéphane) – et de bénéficier d'une situation géographique au cœur de plusieurs confluences. Un cadre qui a fasciné l'artiste anglais. Du cône d'éboulis que recouvre l'antique forêt de Finges, en face du village, il a retiré un certain nombre de pierres pour former quatre grands cercles concentriques, chacun interrompu à l'un des quatre points cardinaux.

L'œuvre, North South East West Circles (2000), est installée dans la grande salle du rez-de-chaussée du château de Loèche. Aux murs, un texte et trois photographies rapportent de précédentes interventions de Richard Long dans d'autres paysages: au Ladakh, en Mongolie, en Argentine, en Californie. C'est une façon de relier Loèche à d'autres situations. Des contextes différents, où la relation de l'homme à la nature doit toutefois être, à chaque fois, réaffirmée. Comme on le faisait autrefois. Les œuvres de Long s'apparentent souvent à ces cercles de pierres, levées par les druides.

Il y a du chaman en Richard Long, dans sa manière de concevoir sa pensée comme un acte. En se rattachant au minimalisme et au land-art des années 1960 – Long a débuté en 1967 –, son art correspond en effet à une prise de possession de l'espace. Ce n'est pas un travail qui invite forcément à la méditation. C'est une œuvre qui pousse plutôt à entretenir des conduites affectives mais respectueuses avec la nature. Quitte à affirmer la primauté de l'homme, pour montrer que celui-ci n'a pas été mis sur cette terre pour rester passif. Quand Richard Long se sert de la boue du Rhône comme pigment, c'est avec l'empreinte de ses mains qu'il organise Rhône Valley Mud Hand Circles (2000).

Mais c'est aussi un écologiste. Et ses interventions se veulent douces et harmonieuses. Le cercle rempli de pierres qu'il a inscrit dans le quadrilatère du sommet de la tour, Leuk Stone Circle (2000), est comme un dialogue entre l'organique et l'organisé. Et si, pendant plusieurs jours, il est allé déambuler dans le massif du Wildstrubel pour y laisser quelques traces, peut-être quelqu'un les découvrira-t-il ou le temps les effacera-t-il. Peu importe. Ce que veut Long, c'est que l'homme renoue des rapports simples avec lui-même et avec son environnement. L'artiste anglais ne prétend pas détenir la vérité. Sa Rhône Valley Stones Spiral (2000) s'enroule ou se déroule, alternant pierre sombres et claires.

Richard Long. Schloss Leuk (Leuk-Stadt, tél. 079/637 50 11).

Me-ve 15-19 h, sa-di 10-20 h.

Jusqu'au 21 octobre.