Pour Antoine Chessex, 2020 aura été une année plutôt faste en termes de reconnaissance par les institutions de ce pays: le saxophoniste et compositeur vaudois s’est en effet vu décerner en août un Prix suisse de musique par l’Office fédéral de la culture, et en septembre, c’est le Festival Label Suisse, émanation de la RTS, qui lui passait commande d’une pièce – Technosphère et fragmentation, créée sur les orgues de l’église Saint-François, à Lausanne.

Chessex est un créateur attentif à ce que la notion d’écoute implique (c’est même le pan majeur de sa réflexion théorique, menée tant dans ses écrits qu’au travers de son mandat de collaborateur scientifique à la Haute Ecole d’art de Zurich): au-delà de l’instrumentiste et de son instrument, comment le son interagit-il avec l’espace dans lequel et avec le public pour lequel il est émis? Ce pacte à quatre, cette manière dont la musique résonne en nous, le récit de nos émotions mélomanes, c’est ce qu’il appelle des «fictions sonores».

Quand il joue ou quand il compose, Antoine Chessex propose donc des canevas sur lesquels on est appelé à broder nos propres histoires. Ces ossatures peuvent être éruptives: quand il empoigne son saxophone pour faire résonner un mur d’amplis, on peut s’attendre à une ambiance de raid aérien – une atmosphère renversante qu’on pourra goûter ce mercredi à la Cave 12 de Genève, où il se produira avec deux autres artificiers du même calibre: le Français Jérôme Noetinger et le Lausannois Francisco Meirino.

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Il peut aussi opter pour des voies plus graduelles. A titre d’exemple: les deux pièces qu’il vient de réunir sur un disque publié par le label berlinois Tochnit Aleph: Echo/cide, et The Experience of Limit. Celle-ci, composée pour la pianiste géorgienne Tamriko Kordzaia, peut s’entendre comme une forme de transcription sur clavier de ce qui pourrait être, au dire même de Chessex, une tempête marine rampant depuis l’horizon dans votre direction. Echo/cide, conçue pour quatre hackbretts et un cymbalum (on est là dans le domaine des instruments à cordes frappées), est encore une autre forme d’ascension: une longue et progressive averse métallique, une multiplication de piqûres presque discrètes en elles-mêmes, mais qui s’additionnent pour créer quelque chose qui tient tout autant du kaléidoscope que du maelström. L’auteur de ces lignes avait eu la chance d’assister, en 2018, à une répétition de cette pièce par l’ensemble genevois de percussion contemporaine Eklekto (pour lequel elle avait été créée): on en conserve le souvenir d’une échine qui se soulève.