Genre: Histoire
Qui ? Sébastien Albertelli
Titre: Les Services secrets de la France libre. Le bras armé du général de Gaulle
Chez qui ? Nouveau Monde/Ministère français de la défense, 332 p.

«Le général de Gaulle recrute un responsable des services secrets», lit-on dans la presse londonienne en juin 1940. Ce clin d’œil imaginé par le bédéiste Jean-Yves Ferri dans un album à paraître n’est pas si éloigné de la réalité.

En effet, pendant les heures sombres de la défaite, bien peu d’officiers s’engagent de prime abord au sein de la France libre. Aussi le principal organe de résistance extérieure débute dans le dénuement le plus complet.

Livre-exposition

Charles de Gaulle nomme donc un jeune saint-cyrien inexpérimenté à la tête de son service de renseignement, André Dewavrin, dit «colonel Passy», qui va s’affirmer comme le chef énergique du Bureau central de renseignements et d’action (BCRA). Un organe qui, comme son nom l’indique, se voue tant à la récolte de renseignements dans la France captive que d’actions militaires limitées en vue de préparer le Débarquement.

A la faveur de l’ouverture des archives du BCRA – ancêtre lointain de la DGSE –, Sébastien Albertelli lui a consacré sa thèse, parue en 2009 chez Perrin. Ici – sous le patronage du Ministère français de la défense dont dépend le renseignement extérieur français –, c’est une version abrégée qui paraît, accompagnée de très nombreuses illustrations: des photos portraits des acteurs principaux: Pierre Brossolette, le colonel Rémy, l’infortuné Scamaroni qui se suicida dans sa cellule en Corse, André Manuel ou encore Honoré Estienne d’Orves, l’un des premiers agents du renseignement à être fusillé dès 1940… On apprend aussi que le BCRA était très féminisé, même si peu de femmes purent accéder à de hautes fonctions ou prendre part à l’action.

Agrémenté d’une foule de documents – lettres, organigrammes, rapports secrets, images de propagande –, cet ouvrage est en soi une véritable exposition (la DGSE possède des vitrines qui ne sont pas ouvertes au public, rappelle son directeur, le général Erard Corbin de Mangoux dans la préface). La chevalière de Passy, qui cache une dose de cyanure dans un compartiment secret, vaut notamment le détour. A découvrir aussi, le manuel d’utilisation d’un truculent engin, le ­S-Phone, véritable radio portative miniature développée par les Britanniques, ou la mitraillette Sten, véritable icône filmographique.

La dépendance financière totale du BCRA envers les Britanniques pour la formation de leurs agents et le matériel de guerre est une source permanente de conflits. «Il [de Gaulle] n’a aucune sorte de moyens, à savoir des avions, des radios, etc. Je pense donc que si nous payons le violon dans ce domaine, nous pourrions dans une large mesure choisir la musique», disait non sans élégance le chef du Special Operations Executive, Colin Gubbins.