Dans le jargon journalistique, on appelle ça des marronniers. A savoir des sujets qui, chaque année, à une époque donnée, refleurissent. Cette semaine, c’était au tour des deux plus grands rendez-vous de l’été musical romand de convoquer la presse pour lui dévoiler leur programmation. L’occasion de revoir des personnes perdues de vue depuis juillet dernier, avant de devoir, une fois de plus, commenter à chaud d’interminables listes d’artistes.

Il y a d’abord, réflexe humain moins facile qu’il n’y paraît à refréner, la réaction personnelle; le plaisir de retrouver tel nom aimé, mais en même temps le désespoir de constater que tel autre détesté sera lui aussi de la fête. Puis vient le temps de l’analyse, de l’examen des forces en présence, de propositions qui reflètent l’histoire de la musique, qui regardent vers demain ou qui sont parfaitement ancrées dans leur temps. Et quand les trois axes sont réunis, c’est – parfois – l’extase.

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Depuis maintenant plusieurs années, la donne a changé. Avant même que la presse n’ait le temps de publier une quelconque tentative d’analyse, les réseaux sociaux bruissent et gazouillent de commentaires publiés quasiment en temps réel. Tout le monde découvre de manière simultanée le programme du Paléo et du Montreux Jazz, et tout le monde y va de sa punchline. Là aussi, trois axes se dessinent vite: les heureux, les indécis et les mécontents. En quelques secondes et deux, trois adjectifs définitifs, une programmation est adoubée ou vilipendée. Ce qui n’a de toute manière strictement aucune influence sur la vente des billets.

Depuis quelques jours, les reproches fusent. Manque d’audace, vision passéiste de la musique ou au contraire trop de jeunes pousses pas encore connues, absence de telle star ou présence de telle autre déjà vue et revue: il existe plusieurs refrains, et ils sont tous repris par les mêmes grincheux. Alors, tant qu’à faire, rappelons cette banalité: la Suisse romande, c’est un petit territoire peuplé comme un grand quartier d’une métropole.

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Or, entre Paléo et Montreux, mais aussi Caribana, Festi’neuch, le Bad Bonn Kilbi, Le Chant du Gros et plein d’autres open airs qu’on nous excusera de ne pas citer ici, l’offre musicale romande est pléthorique, gargantuesque, pantagruélique. Avoir l’opportunité, en quelques semaines, de voir aussi bien les Red Hot Chili Peppers et Brian Wilson que Rag’n’Bone Man et Usher ou encore Arcade Fire et Tom Jones, au hasard, est un privilège. Nulle part ailleurs au monde, ou presque, il n’existe une telle concentration de concerts. Avant de tweeter notre déception, ne l’oublions pas. Même si la non-programmation des Stone Roses, une fois de plus, est désolante.


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