Une muraille de morceaux de sucre qui s’affaisse sous l’effet de l’humidité. La mascotte d’Homer Simpson qui se suicide depuis une échelle. Ou encore un homme dont on découpe la chemise sur le dos. Pour raconter la crise des «subprime» en 2007 et le krach boursier qui a suivi, Bruno Meyssat élabore une fresque impressionniste où des hommes hébétés accomplissent une série d’actions qui traduisent la déconfiture d’un système basé sur l’excès de spéculation. Le procédé divise et chaque soir, au Festival d’Avignon, le spectacle est hué. Pourtant 15% mérite mieux que des quolibets: il transmet au plus près la sensation de désarroi de ceux qui ont tout perdu sans avoir vraiment joué.

Bruno Meyssat: «Egréner les scandales de la finance ne suffit plus. Des termes comme «les marchés», «la finance structurée» nous empêchent d’accéder une vision incarnée. C’est à une absence de corps que nous sommes confrontés.» Même si le metteur en scène et son équipe se sont rendus à New York et à Cleveland pour rencontrer des employés et des citoyens impliqués dans la crise, le spectacle ne relève pas du documentaire, mais fait parler les corps. Dans une ambiance de fin du monde, des êtres somnambules enchaînent des actions post-déflagration. Frédéric Leidgens enfile des lunettes de piscine et pleure son bien. Au mur, on lit «La finance est une forme d’alchimie moderne qui crée à partir de rien». Sur une scène remplie d’objets divers dont une tente d’indignés, on voit encore une déchiqueteuse se déchaîner, une scie électrique menacer un particulier. Une violence sourde pour une douleur qui en a laissé plus d’un sans parole. C’est oppressant et bien trouvé.