Mode

Rick Owens révèle le sexe de ses mannequins

A Paris la semaine dernière, lors du défilé de sa collection masculine pour l’automne-hiver 2015-2016, l’Américain a envoyé quatre faunes au «front row» sans slip ni pantalon

Rick Owens, sans slip, sans pantalon

Mode A Paris, plusieurs modèles masculins du designer américain dévoilent leur sexe

«Les yeux de l’un et de l’autre s’ouvrirent, ils connurent qu’ils étaient nus et, ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en firent des ceintures.» Mais sur le podium de Rick Owens, aussitôt renommé #DickOwens par la twittosphère, contrairement au jardin d’Eden de la Genèse, point de feuilles de figuier pour se couvrir. A Paris la semaine dernière, lors du défilé de sa collection masculine pour l’automne-hiver 2015-2016, l’Américain a envoyé quatre faunes au front row, sans slip ni pantalon.

Le designer à la longue crinière noire façon corbeau n’en est pas à son galop d’essai. Volontiers provocateur et coutumier des défilés qui marquent les réseaux sociaux, le designer trouvait les mots après son défilé pour dire, non pas qu’il avait fait tout ça pour affoler la Toile, mais qu’il avait voulu transcrire avec cette collection l’idée d’une virilité primale. Puis il a parlé des deux éléments qui le guident dans son travail, le contrôle et l’effondrement. Sympa pour ses mannequins.

La Toile s’emballe

Il n’en fallait pas plus aux blogueurs et journalistes de mode pour décrypter la tendance qui venait de poindre: si 2014 avait été l’année de la fesse, 2015 serait celle du pénis. Après le mouvement #freethenipple, le droit aux femmes d’aller et venir torse nu, longue vie à #freethepenis. L’envie de pénis dans la mode ne date pas d’hier. Depuis un an, le désir semble même s’amplifier et les figures phalliques se multiplier. En septembre dernier, pendant la Semaine de la mode, le label Acne a fait asseoir les invités de sa fête sur des canapés en forme d’organes reproducteurs mâles. Quelques mois plus tôt, le Belge Walter Van Beirendonck parait ses chaussures de phallus. On en a même vu en imprimés. C’est un peu comme si un pré-ado s’amusait à gribouiller des sexes masculins un peu partout.

En érigeant la virilité mâle au rang d’icône et en s’emparant de la nudité masculine, la mode – si prompte à déshabiller les femmes – fait mine de rétablir la parité. Mais, sous des dehors sulfureux, elle fait du sexe masculin un organe, au final, politiquement bien correct. Rick Owens cultive l’idée d’un vestiaire semblable pour les hommes et les femmes. Il est connu pour ses créations qui jouent sur la transgression entre les sexes. Mais, en révélant le genre de ses mannequins androgynes, il finit par se contredire. Et si cette douce provocation a touché sa cible en agitant les réseaux sociaux, elle a surtout bien fait rigoler le public. Sans choquer qui que ce soit, à part peut-être Instagram, où le hashtag #Dick­Owens, contrairement à sur Twitter, restait introuvable… Catherine Cochard

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