«Nuit de juin! Dix-sept ans!» écrit Rimbaud comme on condense trop d’air dans un ballon près d’éclater. Cette force, qui propulse les adolescents en avant sans qu’ils ne sachent encore vraiment qu’en faire, tient tout entière dans ces quatre mots. On entend vrombir le moteur des grands départs et des grandes angoisses, des grandes histoires et des grandes questions. C’est l’âge aussi des premières fois.

Pour fêter son dixième anniversaire, le prix littéraire du Roman des Romands publie un livre baptisé Quand j’avais 17 ans. Il réunit les textes de 70 auteurs, qui ont été sélectionnés au fil des ans par ce prix littéraire pas comme les autres. De Laurence Boissier à Anne Brécart, d’Elisa Shua Dusapin à Rose-Marie Pagnard, tous saisissent en quelques pages le vertige des 17 ans. Si le Roman des Romands est un prix différent, c’est que son jury est composé de plus de 400 élèves du secondaire de toute la Suisse romande avec des antennes en Suisse alémanique et au Tessin. Il est différent parce que les romans sélectionnés sont écrits par des auteurs vivant en Suisse romande. Il est différent parce que, quand on découvre un auteur à 17 ans, c’est comme une «nuit de juin» qui vous enlace et vous grise.

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Monté sur des ressorts

Un grand souffle d’air s’échappe aussi de Sur les routes d’Europe. Souvenirs d’un vagabond de Jean Buhler (1919-2017). A l’enseigne des Editions de La Baconnière, ce roman de voyage paru en 1942 retrouve la lumière. Et il y a une vraie jubilation à suivre l’auteur chaux-de-fonnier, tout jeune alors, lui aussi monté sur les ressorts des 17 ans, quitter la voie toute tracée des bonnes études à Neuchâtel et préférer la route avec les étoiles pour compagnes. On s’amuse le long du chemin des chimères improvisées que le jeune homme débite à ceux qu’il croise pour obtenir un bout de pain ou quelques sous. Comme l’indique Maxime Maillard dans sa préface, celui qui deviendra écrivain et reporter fait partie de la grande famille des écrivains-pérégrins, chère à Nicolas Bouvier. Sur les routes d’Europe est aussi un roman d’initiation. Car après l’euphorie de la marche, ce que le narrateur trouve au bout du chemin est une Europe très mal en point, en proie aux fièvres nationalistes et totalitaires. De quoi le dégriser une bonne fois pour toutes.

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Sur les routes d’Europe. Souvenirs d’un vagabond, Jean Buhler, La Baconnière.


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Les effets collatéraux de «Sérotonine»