théâtre

Le rire, bel antidote au pouvoir

Dirigé par Stéphane Michaud, Pierre Nicole raconte la vie de saint François d’Assise selon Dario Fo avec beaucoup de générosité et d’esprit

«Je me suis éloigné de la religion, mais j’ai toujours conservé une attitude religieuse à l’égard du monde, de la nature en particulier. Si vous savez écouter ses rythmes, si vous savez les respecter, vous retrouverez en vous l’esprit qui souffle en toute chose.» Oui, Dario Fo n’est pas qu’un amuseur provocateur qui montre les papes en phase de décomposition avancée et les puissants assoiffés de guerre et de sang. Dans Le Monde selon Fo, livre d’entretien paru en 2007, l’homme de théâtre témoigne aussi de sa spiritualité.

Cette spiritualité, on la retrouve en filigrane dans François, le Saint Jongleur, texte séditieux de 1999, que Dario Fo a composé en réponse à la grogne du Vatican lorsqu’il a reçu le Prix Nobel de littérature en 1997. Un monologue truculent, écrit pour être incarné, ce que l’acteur Pierre Nicole accomplit avec beaucoup de générosité.

Le propos? L’abus de pouvoir. Qu’il soit religieux ou politique, le pouvoir anéantit toute capacité de justice et de fraternité. Il faut donc faire comme François d’Assise au XIIIe siècle. Se dépouiller et aller à la rencontre des autres avec simplicité et bonne humeur. A l’Alchimic, à Genève, Pierre Nicole applique à la lettre le précepte du maître. Dès le prologue dit dans la salle, ce fervent défenseur du théâtre amateur s’exprime avec le cœur. Et confesse qu’il a choisi ce texte bien avant l’arrivée d’un célèbre autre François…

D’un François à l’autre. D’un homme de scène à un autre homme de scène. Le monologue multiplie les événements et personnages croustillants pour célébrer cette idée de transmission. Le Saint Jongleur n’était-il pas un formidable orateur? Qui séduisait non seulement les hommes, mais aussi les animaux? Ainsi, tout excès de récit et de jeu est permis du moment qu’il est au service d’une éthique de vie.

De fait, dirigé par Stéphane Michaud, Pierre Nicole voit grand. Dans la grimace et dans les accents. Face tordue pour le loup, parler marseillais pour le cardinal, anglais pour le curé, le comédien rappelle David Bauhofer ou Philippe Caubère dans cette capacité à multiplier les identités. Il n’y a guère que sous son olivier (construit par Michel Faure) que le saint devient tout petit. C’est que Dario Fo aime la vie terrestre avant le salut du ciel. Le public, visiblement, aussi.

François, le Saint Jongleur, jusqu’au 5 oct., Alchimic, Genève, 022 301 68 38, www.alchimic

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