Au début, le Paradis. Mais tout de suite, Adam et Eve en sont chassés. Depuis, les religions monothéistes ne font pas forcément bon ménage avec l’écologie. A l’heure du réchauffement climatique, malgré la peur qu’il inspire, ce n’est pas vers elles que l’humain se tourne le plus naturellement. 

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Cette suspicion a une histoire, explique Irene Becci, professeure à l’Institut de sciences sociales des religions à Lausanne, et qui observe avec d’autres chercheurs, en Suisse romande, les liens qui se tissent ou se défont entre le souci de la nature et le soin de l’âme.

Vision anthropocentrique

«Dans les années 1960, un grand débat a été suscité par un historien, Lynn White, dit-elle. Il a parcouru l’histoire des religions, montré comment l’humanité et le modèle occidental industrialisé avaient été fortement influencés par le monothéisme judéo-chrétien, qu’il jugeait responsable des changements climatiques et de la dégradation écologique. En cause, sa vision anthropocentrique et les rapports établis entre l’humain et la nature.»

«Lynn White disait que si on voulait modifier notre rapport à la nature et au climat, il fallait travailler sur les racines mêmes de la crise, donc de nos religions.» Et cette position, reprise par d’autres, a incité tout un courant de l’écologie à se distancier des grandes religions. «Un mouvement écologiste scientifique, positiviste, laïque, politique et progressiste s’est renforcé», continue Irene Becci.

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Saint patron de l’écologie

Du côté des chrétiens, on a réagi. C’est ainsi que le pape Jean Paul II a désigné saint François d’Assise comme le saint patron de l’écologie, tandis que le pape François consacrait sa première encyclique à la préservation de la planète.

Dans la mouvance écologiste, si la plupart des militants disent n’adhérer à aucune grande religion, l’allergie est loin de toucher toutes les formes religieuses. «Nos recherches montrent que les écologistes ne refusent plus ou même cherchent des pensées spirituelles pour alimenter, motiver ou donner forme à leurs actions écologiques. Depuis un certain temps, on assiste à un succès des nouvelles spiritualités, néo-chamanisme, druidisme ou rituels païens.»

Sens religieux

D’ailleurs, remarque Irene Becci, «les rituels de Noël sont aussi païens. Noël dénote une sensibilité par rapport à la nature, à la lumière, au climat, au temps. Laisser le temps à la nature de se reposer, c’est l’idée de Noël. La religion chrétienne a donné un nouveau sens à ce qui existait déjà.»

Et la chercheuse d’ajouter que «ce que le christianisme propose pour Noël est finalement plus écologique que ce que la société en fait. Le recueillement et la sobriété sont des valeurs de l’écologie. Noël pourrait être une fête plus écologique si on pensait davantage à son sens religieux, qu’il soit chrétien ou païen.»