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Tour Eiffel: état d’avancement des travaux, juillet 1888. Les plans initiaux sont ceux de Maurice Koechlin, un Schaffhousien chef du bureau d'études chez Gustave Eiffel.

Histoire

Du Ritz à Manuel Valls, neuf choses que vous ne saviez pas sur l'influence des Suisses en France

Une exposition au Château de Penthes raconte «Ces Suisses qui ont fait la France», une histoire de 500 ans peuplée de penseurs et d’entrepreneurs dont la trace se fait sentir au cœur de l’identité française

C’est le 500e anniversaire de la Paix perpétuelle qui est à l’origine de la dernière exposition du Musée des Suisses dans le monde,à Genève.  Sur deux étages, des panneaux célèbrent les fructueuses répercussions de la réconciliation durable entre le roi de France et les Confédérés, après l’échec des Suisses à Marignan. La relation suisso-française est ancienne, parfois méconnue, toujours féconde. Et la Confédération a beaucoup donné à la France. Les figures de Rousseau, de Necker, de Bréguet, de Valloton, de Mario Botta ou de Jean-Luc Godard sont bien connues. Mais on trouve d’autres personnages moins connus dans les plis suisses du manteau français. Des personnages qui ont participé de très près à la naissance de l’identité française. Petit inventaire très partiel.

 1   Un million de soldats suisses ont défendu la France

«Un corps de Suisses est dans une armée ce que sont les os dans un corps humain» disait Brantôme, le chroniqueur du XVIIIe. Réputés dans toute l’Europe pour leur courage et leur fidélité, des soldats suisses sont intégrés dans l’armée du roi de France depuis la paix de Fribourg de 1516. Ce sont des gardes suisses qui gardaient la Bastille en 1789, qui défendaient le palais des Tuileries en 1792 – deux tiers y ont laissé la vie. Les historiens ont calculé: environ un million de soldats suisses – ou considérés comme tels – ont servi en France jusqu’à nos jours. De quoi pouvoir affirmer que la Suisse a contribué à la naissance de la France.

2   Un banquier suisse au Panthéon

Rousseau le Genevois est au Panthéon, bien sûr. On le sait moins, le conventionnel Marat, natif de Boudry (Neuchâtel), fut aussi transporté dans le saint des saints laïc français où son corps fut retiré quelques mois plus tard, après un vote exigeant 10 ans de délai entre la mort d’une figure et sa panthéonisation. Le 3e Suisse panthéonisé est le moins connu: il s'agit du banquier Jean-Frédéric Perregaux, qui traversa la Révolution sans encombres en changeant plusieurs fois d’allégeance et en finançant beaucoup de monde, avant de fonder la Banque de France en 1800.

 3   Le petit goût suisse du Pernod

L’une des boissons anisées les plus populaires de France a été fondée à Pontarlier, dans le Jura français, par le Neuchâtelois Henri-Louis Pernod, passé de l’autre côté de la frontière pour des raisons fiscalo-douanières et après une brouille familiale. Il avait hérité de la recette de son père installé dans le Jura suisse, qui lui-même l’avait achetée dans les années 1790… à un médecin français.

 4   La France a (presque) eu un empereur suisse

Tandis que son oncle Napoléon était exilé à Saint-Hélène, le futur Napoléon III fut amené à l’âge de 7 ans par sa mère, la reine Hortense, à Arenenberg, en Thurgovie, qui fut sa base arrière pendant une vingtaine d’années. Elève du général Dufour, Napoléon III avait un fort accent alémanique qui fut raillé notamment par Adolph Thiers. Au château de Penthes, on voit une gravure de Napoléon III en conversation avec l’ambassadeur suisse, et à sa mort, c’est un passeport suisse qu’on a retrouvé à ses côtés.

  5   La Semeuse du Larousse est une Suissesse

Le dictionnaire le plus populaire de France a dès sa naissance en 1890 accueilli une figure féminine qui semait à tout vent, la Semeuse soufflant une fleur de pissenlit, symbole français s’il en est: son père est le Lausannois Eugène Grasset, un des pionniers de l’Art nouveau (l’affiche célébrissime du cabaret du Chat Noir est aussi made in Switzerland).

  6   Le Ritz, parangon de l’hôtellerie suisse et française

Si Paris a accueilli le premier hôtel du monde à proposer salle de bains, WC, électricité et téléphone dans toutes ses chambres, elle le doit à César Ritz, entrepreneur valaisan, ami du prince de Galles et d’Escoffier, et qui a eu le premier l’idée de développer l’hôtellerie de luxe. Le palace emblématique de la place Vendôme date de 1898, construit pour accueillir l’Exposition universelle deux ans plus tard. C’est au Ritz qu’ont été inventés le service personnalisé, le menu à la carte, la décoration individuelle des chambres, les lumières tamisées…

  7   La Tour Eiffel, une idée suisse

Y a-t-il symbole plus français que la tour de Gustave Eiffel? Et pourtant. C’est le chef de son bureau d’études, le Schaffousois Maurice Koechlin, qui dessina les premiers plans de la tour métallique, commandée pour l’Exposition universelle de 1889. Des plans que Gustave Eiffel lui racheta en bonne et due forme, et modifia profondément pour en tirer l’iconique monument parisien que l’on sait. Sans jamais dissimuler le rôle de son ancien dessinateur (c’est aussi Maurice Koechlin qui dessina l’ossature métallique de la statue de la Liberté, du sculpteur alsacien Bartholdi).

  8    Les derniers billets de banque français sont suisses

Tout un symbole, là encore: les derniers billets en francs français ont été dessinés par le graphiste et designer Roger Pfund, installé à Genève. Né à Berne en 1943, disposant de la double nationalité suisse et française, Roger Pfund est un des artistes suisses les plus connus dans le monde. C’est lui qui a dessiné la dernière version du passeport suisse. Installé près du MAMCO, son atelier a fait faillite en juin de cette année.

  9   Manuel Valls, le Suisse caché

Ses origines catalanes sont bien connues; mais on sait moins que la mère de l’actuel premier ministre français est une authentique Tessinoise, originaire de la région de Biasca, même si elle a quitté la Suisse à 20 ans. Manuel Valls a passé ses vacances d’été jusqu’à ses 15 ans chez ses grands-parents à Ludiano, et son oncle Aurelio Galfetti est un architecte bien connu. Il a signé la rénovation du château de Castelgrande à Bellinzone, au patrimoine mondial de l’Unesco, et c’est l’auteur de plusieurs bâtiments à Genève et à Lausanne, dont le Chauderon. Manuel Valls n’a jamais demandé la nationalité suisse, qu’il est en droit d’obtenir.

C’est à la rencontre de toutes ces figures suisses ou suisso-françaises qu’invite l’exposition du château de Penthes, qui accorde autant d'importance aux Français qui ont fait la Suisse: l'histoire entre les deux pays est faite d'allers-retours, et il n'est plus toujours très simple de savoir qui est suisse, qui est français...  L'exposition fait intervenir de grands panneaux d’information très instructifs mais pas d’objets ou presque, le musée ayant peu de moyens et rencontrant de graves soucis budgétaires qui menacent tout le personnel. «La Confédération ne nous a rien donné, déplore le commissaire Jacques-Alain Tornare. Alors qu'il est important que la Suisse comprenne qu’elle ne peut pas raisonnablement subsister sans relations étroites avec ses grands voisins». Piquant: le sénat français en revanche a contribué. 


Jusqu’au 5 mars 2017
Château de Penthes,
18, chemin de l’Impératrice
Prégny-Chambésy, Genève

www.penthes.ch

 

 

 

 

 

 

 

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