«Hustler White» est un conte de fées dont les Morgane se seraient égarées dans la forêt de palmiers, qui borde Sunset Boulevard. Réalisé en 1996, le dernier film de Bruce LaBruce, metteur en scène canadien, ressemble à un road movie gay confiné au strict quartier de Hollywood et truffé de scènes pour le moins scabreuses.

Un jeune universitaire, Jürgen Anger – LaBruce lui-même –, débarque à Los Angeles pour y écrire un livre sur la plus ancienne profession du monde, côté garçons. Baladé dans la ville par un jeune étudiant bavard, Anger croise le chemin d'un pulpeux tapino latino – le musculeux top model Tony Ward – en fuite après avoir détroussé son client. L'écrivain, par le blanc T-shirt de Ward alléché, se met en tête, qu'il a de linotte, de retrouver coûte que coûte le bellâtre travailleur social. Dans un but d'étude, cela va de soi. Mais rien n'étant simple dans la cité des anges déchus, Anger, dictaphone aux lèvres et bagouzes à chaque phalange, doit faire le tour de plus d'une perversion avant de retrouver l'objet de son brûlant désir.

Ce porno soft, qui donnera du fil à retordre à plus d'un homo en panne d'imagination, est sans doute le premier modèle du genre à offrir une véritable histoire, désopilante, et LaBruce ainsi que son complice Rick Castro – coréalisateur – ont visiblement éprouvé un plaisir fou à réaliser ces 90 minutes d'exotisme. Un plaisir potache même lorsque, par exemple, le torse de Ward se reflète dans un rétroviseur où sont gravées les mentions, obligatoires aux Etats-Unis, «Heated» (chauffant) et «Objects in mirror are closer than they appear» (dans ce miroir, les objets sont plus proches qu'il n'y paraît).

Hustler White traite avec légèreté d'un sujet ardu, les «Gay for pay», prostitués mâles qui restent uniquement homosexuels tant que coulent les dollars. Les entendre bavasser d'un coin de Sunset à l'autre est une meilleure introduction à la côte Ouest que dix épisodes d'Alerte à Malibu. Et les clins d'œil de LaBruce aux plus fameuses scènes du cinéma américain sont un véritable régal. Ward nous fait le coup du mort dans le jacuzzi de Sunset Boulevard de Billy Wilder, à la différence près qu'il glisse dans le cube d'eau à remous après avoir écrasé par inadvertance la savonnette oubliée sur ses bords. Il faudra qu'Anger, après avoir mûrement décidé quoi faire des deux margaritas amoureusement préparées, repêche le tatoué évanoui et le transporte sur la plage de Santa Monica pour que ce dernier ressuscite, dans un plan emprunté à Whatever happened to Baby Jane? de Robert Aldrich. Regardé au second degré, on se demande comment les Français ont pu vouloir affubler Hustler White d'un «X» ingrat.

Films folles, cinéma Spoutnik, l'Usine, 11, rue de la Coulouvrenière, Genève. Tél. 022/328 09 26 Sa 10, di 11 à 21 h.