Eugène Guillevic disait que «la poésie est une sculpture du silence». Pour le poète et auteur irlandais Conor O’Callaghan, c’est le silence, ou l’indicible, qui est matière à poésie. Parler pour habiller le vide: dans la cabine du poids lourd que Paddy convoie de l’Angleterre jusqu’au sud de la France, les phrases fusent, incomplètes et incohérentes, mais parfaitement comprises par ceux qui les échangent. Ces «bulles de savon», c’est le ping-pong verbal du père avec sa fille Kitty, passagère clandestine prostrée sur la banquette arrière dans le vison de sa grand-mère défunte. Tout au long de ce road trip en huis clos sur la France des autoroutes et des relais routiers, leur «glossolalie» agit comme une bande-son quasi mystique qui fait avancer le récit autant qu’elle le trouble.