Elle est l’une des auteures les plus populaires d’Islande, et certainement sa plume la plus espiègle. Auður Ava Ólafsdóttir n’a en effet pas son pareil pour enchanter les petits riens du quotidien. Prenez la narratrice de L’Embellie: cette trentenaire voit son mari la quitter sans préavis, tandis que sa meilleure amie lui confie son fils de 4 ans, un tout petit gamin presque sourd, et malvoyant par-dessus le marché. Qu’à cela ne tienne: la jeune femme décide d’emmener l’enfant faire un tour de l’île de plusieurs semaines en voiture.

La vie à deux, une invitation à se réinventer chaque jour

Et, parcourant à deux la longue nuit de novembre, le duo improvisé invente peu à peu son propre langage, qui s’étoffe au gré des rencontres et de circonstances quasi miraculeuses. Cette délicieuse histoire de maternité fabriquée ne surprendra pas les lecteurs de l’auteure de Rosa Candida: l’Islandaise affectionne en effet la mise en récit de liens de parenté arbitraires, qui se renforcent à mesure que s’accroît l’urgence des émotions. C’est ainsi que la narratrice réalise que la présence de l’enfant prêté décuple curieusement son sentiment d’indépendance: la vie à deux, apparaît-il, est une invitation à se réinventer chaque jour.


Auður Ava Ólafsdóttir, «L’Embellie», roman traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson, Zulma poche, 328 pages.