Dans l’album Vienne avant la nuit, que Robert Bober a tiré du film du même nom, il cite cette phrase inoubliable du prologue de La Ronde, nouvelle d’Arthur Schnitzler adaptée au cinéma par Max Ophüls: «1900: nous sommes dans le Passé. J’adore le Passé. C’est tellement plus reposant que le Présent! Et tellement plus sûr que l’Avenir!» Cette déclaration d’amour au Passé – et donc à la Mémoire – pourrait être inscrite en exergue de Par instants, la vie n’est pas sûre, le nouvel ouvrage que Robert Bober a publié en automne.

«Chacun de mes livres est en lien avec les autres; chaque livre porte en lui la mémoire des livres précédents», confie-t-il. «Le monde a une faculté d’oubli terrifiante», dit-il encore et c’est peut-être pourquoi, dans ses films comme dans ses livres, le parfum qui domine est celui des hommes et de leur vie, de leur milieu, des gestes, des mots, des mets, des métiers, des prières – de toutes les choses concrètes qui rassemblent les êtres humains entre eux, pour lesquels Robert Bober, on le sent, nourrit une profonde affection.