Comme ses confrères, Robert Bouvier est sous le choc. Cet automne à Neuchâtel devait être festif, avec une série de manifestations pour marquer les 20 ans du Théâtre du Passage. La pandémie et les décisions du Conseil fédéral ont eu raison de ces grands projets. Impossible de ne jouer que devant 50 spectateurs, alors que la salle principale de la grande maison neuchâteloise peut en accueillir 540.

«Le Temps»: Quel est votre sentiment à la suite des annonces du Conseil fédéral?

Robert Bouvier: Il faut déjà rappeler que les mesures de compensation annoncées ce printemps par la Confédération ne s’appliquent hélas pas à toutes les institutions. Parce que nous sommes soutenus par un syndicat intercommunal, nous n’avons droit à aucune aide du canton de Neuchâtel ou de la Confédération. Pour des théâtres qui ont une assise régionale – comme le nôtre, on pourrait espérer une réflexion afin de ne pas nous rendre encore plus vulnérables. Si l’on s’en tient aux abonnements, 515 000 spectateurs ont fréquenté le Passage depuis sa création, pour 2225 représentations. Cela n’est pas négligeable!

Comment avez-vous concilié jusqu’à présent maintien des propositions culturelles et contraintes sanitaires?

Le budget du Théâtre du Passage prévoit 40% d’autofinancement. Il provient de la billetterie, des locations de nos salles, du mécénat et du sponsoring. Comme les locations sont tombées à l’eau, nous devons nous appuyer sur les recettes de la billetterie. Même si cela aurait un sens d’organiser des spectacles pour 50 personnes, on ne peut pas imaginer le faire dans une salle prévue pour 540 places. Cette situation contraint le Théâtre du Passage à suspendre sa saison 2020-2021 jusqu’à nouvel avis. Chaque théâtre a des exigences financières différentes et on ne peut que regretter que les mesures d’aides annoncées n’en tiennent pas compte.

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Les 20 ans du Théâtre du Passage devaient être célébrés le 7 novembre avec «Les 20 heures du Passage», de 8h à 4h du matin. Outre des spectacles, cet événement proposait des visites, des projections vidéo et des ateliers. Qu’en est-il de cette programmation?

Nous devons y renoncer et c’est un énorme crève-cœur. Nous nous étions adaptés aux mesures sanitaires en réduisant la voilure, si bien que jusqu’aux annonces de mercredi, nous pensions les maintenir. Il nous faut également annuler l’exposition de notre graphiste, avec laquelle nous travaillons depuis le début de l’aventure. La publication de notre livre, Théâtre du Passage. Le jeu des possibles, est une consolation. Ce sera notre façon de fêter cet anniversaire avec les Neuchâtelois.