Il s’agit au moins de la vingtième apparition, sur petit et grand écrans, de Scrooge, le cupide personnage créé par Charles Dickens. Cette version animée devait se distinguer en s’avançant comme l’accomplissement de nouvelles avancées technologiques: le cinéma en relief, et l’animation à base de performance capture qui consiste à enregistrer sur ordinateur les gestes et mimiques de vrais acteurs (ici un beau casting constitué notamment de Jim Carrey, Gary Oldman ou Robin Wright Penn) pour les restituer ensuite sous forme de personnages numériques dernier cri.

Obsédé par ce cinéma high-tech depuis les épouvantables Le Pôle Express et Beowulf, Robert Zemeckis relève ces défis, certes. Mais au prix, une nouvelle fois, d’une laideur visuelle telle qu’il est, dès la première image, impossible de suivre l’histoire (surtout en version française). Si rabâchée soit-elle, avec son Scrooge ramené à davantage d’humanité par les apparitions des fantômes de Noël, le récit de Dickens ne méritait pas d’être dilué dans un prêchi-prêcha où l’effet relief est, de surcroît, ramené à son usage le plus stérile (objets surgissant sur les spectateurs, chutes vertigineuses…). Au lieu du film de Fêtes qui aurait senti la cannelle, Zemeckis ne livre qu’un mouchoir virtuel: celui dans lequel chacun pleurera le talent évaporé de ce cinéaste, autrefois auteur inspiré de Qui veut la peau de Roger Rabbit?

Le Drôle de Noël de Scrooge (A Christmas Carol), animation de Robert Zemeckis (USA 2009), avec Jim Carrey, Gary Oldman, Colin Firth, Robin Wright Penn. 1h36.