Nous lisions Mickey, Tintin, Spirou et Astérix, nous étions des enfants sages. Une stridence électrique nous a déportés vers l’adolescence. Nous avons contracté la rock’n’roll attitude, sans renier nos petits compagnons de papier, mais en cloisonnant les genres. Que Peyo, le créateur des Schtroumpfs, s’emparât d’une guitare semblait aussi improbable que Dylan lisant Bob et Bobette. Il faut dire que la bande dessinée franco-belge n’était guère mélomane: Pirlouit chante comme une chèvre, la Castafiore vocalise à la façon d’un cyclone sur la mer des Antilles, le barde Assurancetourix est régulièrement muselé par les habitants du petit village gaulois, le marsupilami a un mini-transistor coincé dans la truffe qui le rend dingue en diffusant «Les Rois du rock’n’roll» – Kili Watch

Et pourtant… Nous devions apprendre plus tard qu’Hergé aimait Pink Floyd et que Keith Richards lisait Lucky Luke à ses enfants. Et tout s’est décloisonné, Gaston Lagaffe a électrifié son gaffophone, Gotlib évoquait les Beatles dans la Rubrique-à-Brac. Et puis, stupeur et tremblements, il a créé Hamster Jovial, le chef scout qui essaie d’«assimiler le phénomène pop au travers de ses manifestations les plus artificielles – bouger le cul comme Mick Jagger, jouer de la flûte debout sur un pied comme Ian Anderson de Jethro Tull», expliquait l’auteur.