En épinglant R.E.M. dans son impressionnant tableau de chasse, le fin limier qu'est Claude Nobs espérait faire de leur concert de mardi un des événements de l'histoire du Festival de Montreux. Pari gagné. Le récital des Géorgiens a transformé l'Auditoire Stravinski en une impressionnante cathédrale, tant la ferveur du public imprégnait chaque instant, chaque vibration d'un concert fleuve charriant des flots d'émotions.

Plus de deux heures durant, le trio d'Athens a remonté le cours de sa carrière, alternant balades précieuses de ses débuts (Perfect Circle, Pilgrimage ou Coyahooga) et morceaux plus rassembleurs (Losing my religion, Man on the moon). Les yeux mi-clos et cerclés de khôl, le visage tendu, le chanteur Michael Stipe jouait le rôle du passeur, le regard comme habité par une passion brûlante. Nul besoin d'artifice, d'effets pyrotechniques ou de décor futuriste pour allumer les chansons du groupe américain. Derrière les six musiciens, un savant assemblage d'enseignes lumineuses en forme de poisson, de renard ou de lotus transformait la scène en un univers onirique, entre Las Vegas pastoral et pays des merveilles d'Alice.

La campagne et la ville, le fantastique et le cauchemardesque, l'enfance et la mort: R.E.M. mêle toutes les données dans son ordinateur organique. En sortent comme des éclairs de lumière pure parmi les chansons les plus inventives de ces vingt dernières années. Insensible aux multiples tendances qui ont ébranlé le panorama musical, R.E.M. cultive son sillon même si son dernier album Up laisse entrevoir de nouvelles perspectives. Mardi soir, le groupe a interprété de nombreuses chansons de ce disque plus dense et intimiste. Des titres qui concilient subtilement mélodie et expérimentation.