TV On The Radio. Dear Science. (4AD/Musikvertrieb).

L'histoire se répète depuis 2004 et l'inaugural Desperate Youth, Blood Thirsty Babes: le quintette new-yorkais impose, à chacune de ses apparitions, une discipline aussi astreignante qu'incontournable à tous ceux qui veulent bien suivre et comprendre ses ahurissantes trajectoires musicales. En quoi consiste-t-elle? A se défaire tout d'abord des certitudes rassurantes, à oublier qu'on sera face à un «produit» identifiable, qui se rattache sans équivoque à son créateur. Parce que TV On The Radio n'a pas à proprement parler un domicile musical fixe et qu'il échappe comme peu d'autres à toute tentative d'étiquetage. Dès lors, l'entrée dans l'univers foisonnant de Sitek et de ses acolytes requiert l'outillage d'un archéologue sur le terrain: il faut des petits piolets pour toucher aux multiples strates superposées, aux fines couches allusives à tel style, à telle époque. Il faut des pinceaux et de grosses éponges pour s'aider à lire ce que dit cette musique à la densité parfois intimidante.

Dear Science est un album exigeant, à la manière des romans labyrinthiques de Thomas Pynchon. Mais il révèle aussi des traces de simplification que son prédécesseur (Return To Cookie Mountain, 2004) ne montrait pas. Elles se résument à des plages de respiration, sublimées par la voix soul de Tunde Adebimpe («Stark & Oul» ou l'apaisé «Family Tree»), au renoncement quasi total des sur-boucles de guitares qui envoûtaient et hypnotisaient, et à l'élargissement de l'écran à un 16/9. Vers de nouveaux genres.