Cinéma

Rocky raccroche les gants

Après avoir incarné le boxeur dans les huit films d’une franchise racontant l’Amérique contemporaine, Sylvester Stallone laisse la place à la jeune génération. «Creed II» marque sa dernière apparition dans le rôle. La fin d’un mythe

Dure reprise pour les cinéphiles en ce début d’année. Ce mercredi, avec la sortie de Creed II, ceux-ci vont en effet devoir faire leurs adieux à l’un des personnages les plus iconiques du septième art: Rocky Balboa. Incarné à huit reprises en quarante-deux ans par Sylvester Stallone, le célèbre boxeur devrait en effet effectuer sa dernière apparition avec ce film. L’acteur l’avait annoncé il y a quelques semaines sur Instagram avec un touchant message: «Ça a été un immense privilège de créer et d’incarner un personnage aussi marquant. Même si cela me brise le cœur, tout a malheureusement une fin. Mais la chose la plus merveilleuse, c’est que Rocky ne mourra jamais parce qu’il vit dans vos cœurs…»

Lire l'article lié: «Creed II», l’œil de la panthère

A vrai dire, la star nous avait déjà fait le coup en 2006 avec Rocky Balboa, sixième volet censé venir boucler une saga riche en rebondissements. Mais neuf ans plus tard, sur l’insistance du futur réalisateur de Black Panther, Ryan Coogler, grand fan de la série, il avait finalement accepté de reprendre le rôle pour Creed – L’héritage de Rocky Balboa. Cette fois pour incarner un coach plein de tendresse et entraîner Adonis Johnson, le fils caché d’Apollo Creed, son vieil ami tombé sous les coups d’Ivan Drago en 1985. C’est d’ailleurs ce dernier qui relance les hostilités dans Creed II, en provoquant avec son fils le jeune Adonis devenu champion du monde. Et lorsque l’Etalon italien apparaît au début du film, il n’est qu’une silhouette à peine discernable dans un miroir, comme s’il ne faisait déjà plus vraiment partie de son histoire…

Lire aussi:  «Rocky» aussi bien que «Star Wars»

Rocky comme Stallone

Rocky, c’est avant tout l’incarnation parfaite du «rêve américain». Parti de rien, homme de main d’un prêteur sur gages, le personnage s’est transformé en un champion plein d’assurance, obligé de se remettre en cause avant de laisser la place à la jeune génération, le tout à travers une fiction qui frappe par son parallélisme avec la réalité: l’ascension, puis les hauts et les bas de Rocky Balboa dans le monde de la boxe reflétant ceux de «Sly» Stallone à Hollywood.

Faut-il le rappeler? L’histoire du boxeur le plus populaire de l’histoire débute en quelque sorte en Suisse, à Leysin. Plus précisément à l’American College of Switzerland où débarque en 1965 un Sylvester Stallone de 19 ans, lauréat d’une bourse. Il y découvre la comédie et décide de devenir acteur à son retour aux Etats-Unis malgré des complications à sa naissance qui lui ont laissé le visage partiellement paralysé et des difficultés d’élocution. A son arrivée en Californie, il enchaîne d’ailleurs les petits boulots pour survivre, ayant toutes les peines du monde à décrocher des rôles. Et puis un soir, il assiste au match du siècle, opposant le mythique Mohamed Ali à un boxeur non professionnel, un certain Chuck Wepner qui finira par lui tenir tête pendant quinze rounds avant de finalement céder, par KO technique, à seulement dix-neuf secondes de la fin du combat.

C’est un Stallone fébrile, galvanisé par ce match d’anthologie, qui s’enferme alors trois jours durant pour écrire le scénario de Rocky. Profitant d’une énième audition ratée, il réussit alors à attirer l’attention des producteurs Irwin Winkler et Robert Chartoff avec son script. Si bien qu’ils lui en offrent une fortune, imaginant déjà une star de l’époque dans le premier rôle. Avec pourtant 90 dollars sur son compte, l’acteur se paie le luxe de refuser, leur précisant qu’il a écrit le rôle pour lui seul. Ils finiront par céder et le film remportera trois Oscars (meilleur film, réalisateur et montage), inaugurant surtout une franchise qui rapportera plus de 1,5 milliard de dollars.

Une saga de l’Amérique

Aujourd’hui, les shorts du boxeur sont carrément exposés aux côtés de la bannière étoilée à l’American History Museum du Smithsonian de Washington, tandis que des mariages sont régulièrement célébrés devant sa statue, érigée près du Museum of Arts de Philadelphie, où les gens continuent de gravir en courant les 72 marches adjacentes, singeant l’une des scènes clés du premier film. En se penchant sur la saga, on se rend surtout compte à quel point elle a épousé les modes du moment, en ne racontant finalement rien d’autre que l’histoire de l’Amérique contemporaine. D’abord avec un premier volet très intimiste, ancré dans des Etats-Unis prolétaires et abîmés de l’après-Vietnam, puis les productions clinquantes des volets III et IV, ce dernier avec un contexte très politisé au cœur de la guerre froide, jusqu’au retour dans les bas-fonds de Philadelphie, avec un héros sur le déclin, à l’aube de la grande crise économique de 2008. Enfin, Creed avait habilement relancé la franchise, insufflant un nouveau dynamisme avec ce boxeur noir dans l’Amérique de Barack Obama.

A lire: «Creed», nouveau champion au box-office

Cette suite aujourd’hui sur les écrans, Sylvester Stallone aurait à l’origine dû la réaliser. Mais, à 72 ans, la star a finalement choisi de lever le pied pour ne pas se retrouver à la fois devant et derrière la caméra. Vu le succès remporté par le film aux Etats-Unis (meilleur démarrage au box-office de la franchise), on ne serait pas étonné que l’Etalon italien rempile finalement pour un nouveau round. Cette fois uniquement derrière la caméra. En attendant le comédien vient de boucler le tournage de Rambo V, qui pourrait bien, lui aussi, clore l’autre saga qui forgea sa réputation dans le cinéma d’action. Décidément, les mythes tombent les uns après les autres.

Publicité