La Bâtie

Rodrigo Garcia, le moraliste

L’artiste argentin promet une nouvelle fois un spectacle en forme de catharsis ravageuse. Il répète à Annecy un spectacle au contenu encore mystérieux, à découvrir en première mondiale les 12 et 13 septembre

Qui? Rodrigo Garcia, 49 ans, est un enfant de la pub. Sauf qu’il a mal tourné. Dans son Buenos Aires natal, il apprend l’art du slogan. La vente aurait pu être son métier. Mais il opte pour le théâtre. Il s’établit à Madrid en 1986 et y crée sa ­compagnie, La Carniceria Teatro. Depuis, il débite le citoyen-consommateur réduit à ses cheeseburgers, à ses sextoys et à ses addictions diverses.

Ce qu’il a changé? Rodrigo Garcia renouvelle le théâtre politique en lui conférant une dimension organique. Dans ses spectacles, les acteurs ne discourent pas. Ils vivent nos vicissitudes, vautrés dans un canapé Pfister, des chips Zweifel à portée de doigts crasseux, anesthésiés par Secret Story; parfois, ils brutalisent un animal, lapin ou poisson rouge. Théâtre régressif? C’est ce que disent ses détracteurs. Le geste est pourtant plus subtil. Si la violence est présente, elle est sublimée en tableau. L’artiste a un sens prononcé de l’image, qu’il doit à son amour de la peinture. Dans Esto es asi y a mi no me jodais (C’est comme ça et me faites pas chier), créé en 2010, un jeune acteur aveugle embrasse une belle à l’ombre d’une toile de Masaccio, L’Expulsion du paradis. Rodrigo Garcia s’inscrit dans une lignée: celle des poètes d’après la Chute; il ne juge pas, il expose en vignettes sanguinolentes.

Ce qu’on va voir? Mystère. Rien ne filtre de cette création. Pas même un titre. Seule certitude, la scène devrait être encore cet intestin par lequel tout passe, les passions d’un jour et le dégoût de soi.

Annecy, Scène nationale, aux Harras, je 12 et ve 13, 20h30.

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