On connaît la nécessité du soleil sur le développement des matières vivantes. Mais peut-il avoir une influence sur la création artistique? Eh bien si! C'est grâce à ses rayonnements qu'un Ernst Caramelle crée ses petites «peintures». En exposant longuement à la lumière des feuilles de papier dont certaines parties sont protégées par des caches – qu'il enlève par la suite –, l'artiste autrichien «dessine» des compositions aux tonalités subtilement différenciées. Ce n'est qu'affaire de luminosité? Nous vous le concédons. Avec Roger Ackling, il en va autrement.

Cet Anglais réalise ses sculptures par l'action directe des rayons du soleil. En les focalisant par l'intermédiaire d'une loupe sur des morceaux de bois qu'il grave méticuleusement. Formé dans les années 1960 et 70, Roger Ackling est influencé par quelques-uns des mouvements les plus significatifs de cette période, le land art, le process art et le minimalisme.

Contrairement à ses contemporains Richard Long et Hamish Fulton avec lesquels il lui arrive d'effectuer des promenades, la randonnée n'est pas pour Roger Ackling un mode d'intervention artistique. Elle lui procure seulement l'occasion de récupérer des bouts de bois intéressants, par leurs formes ou parce qu'ils comportent des éléments déjà ouvragés, ferrures, poignées ou boutons. A travers l'objet trouvé, par contre, Roger Ackling va témoigner de l'harmonie et de la dimension méditative qu'il éprouve au contact de la nature. Et pour être en résonance avec celle-ci, c'est à l'une de ses composantes, le soleil, qu'il confie son intervention. Prenant garde que son geste ne dise rien d'autre que le processus qui l'inscrit. Sous le contrôle, toutefois, de la volonté et de la maîtrise humaine, qui signalent leur pouvoir mais ne l'impriment que de façon succincte.

Les traces brûlées dessinent des lignes parallèles serrées, qui entourent le plus souvent complètement le bout de bois, ne forment d'autres fois qu'une colonne sur une surface plus large ou obéissent à une ordonnance stricte alternant des marques et des espaces intacts. La régularité de ces inscriptions est époustouflante, surtout lorsqu'on réalise qu'elles sont loin d'être superficielles et qu'elles sont tirées en lignes très rapprochées. Un peu comme un jardin zen qui tient à la fois de l'organique et de la transcendance, ces petits morceaux de bois gravés par le soleil invitent à la contemplation et à la réflexion.

Roger Ackling a toujours sur soi sa loupe et un morceau de bois dans sa poche, car au même titre que la pensée fonctionne en permanence, un travail est toujours en cours. Mais qu'advient-il lorsque le temps est maussade? L'artiste recourt alors à un substitut, comme le montrent des travaux de 1982-1983 encore jamais présentés. Ce sont des cartons préalablement enduits de cire dont une douce chaleur suffit à faire refondre la couche. Ce qui donne des translucidités différentes. Et procure l'impression d'apercevoir quelque chose d'impalpable comme figé dans l'intemporalité. Des travaux de Roger Ackling émanent des sensations à la fois de fragilité et d'immuabilité.

Ph.M.

Roger Ackling. Wax and wood works. Galerie Rosa Turetsky (Grand-Rue 25, tél. 022/3105105). Ma-ve 14 h 30-18 h 30, sa 10-12h et 14-17h. Jusqu'au 10 avril.