Cinéma

«Rogue One», une histoire en marge de «Star Wars»

D’où venaient les plans de l’Etoile noire? «Rogue One: A Star Wars Story» répond à cette question que personne ne se posait depuis 1977. Ce blockbuster plus efficace que gracieux inaugure l’ère des spin off colmatant les interstices du space opéra milliardaire

La tradition veut que le plan d’ouverture de chaque épisode de Star Wars soit celui d’un vaisseau spatial. Or Rogue One montre d’abord une planète. Car, si l’action se situe toujours il y a bien longtemps dans une galaxie très très lointaine, le nouvel épisode n’appartient pas au corpus initié par George Lucas en 1977 (Episodes 4, 5 et 6), relancé en 1999 (épisodes 1, 2 et 3) et 2015 (Episode 7, Le Réveil de la Force), mais à Star Wars Stories. Ce cycle parallèle permet de tempérer annuellement l’impatience des fans avant les épisodes 8 et 9 – ainsi que de remplir le tiroir-caisse de Disney qui, en 2012, a acquis Lucasfilm pour la modique somme de 4 milliards de dollars.

Notre critique (enthousiaste) de l’épisode VII: Que la Force soit avec les jeunes et les vieux: un «Star Wars» tout à fait réussi

Le premier des spin off s’inscrit peu de temps avant le début de Star Wars 4 – Un Nouvel espoir (1977). On se souvient que la princesse Leia confiait à l’astro-droïde R2-D2 un document contenant les plans de l’Etoile noire. Le petit robot ralliait la planète Tatooine où il rencontrait le jeune Luke Skywalker (histoire connue). Mais comment le document était-il arrivé entre les mains de Leia? C’est à cette question censée tarauder les fans depuis près de quarante ans que répond Rogue One.

Mission dangereuse

La jeune Jyn Erso (Felicity Jones, moins attachante que Daisy Ridley, son homologue dans Le Réveil de la force) a eu son enfance bousillée lorsque l’infâme Orson Krennic (Ben Mendelsohn) a tué sa maman et emmené son papa, Galen Erso (Mads Mikkelsen), savant de renom, pour l’obliger à mettre au point l’Etoile noire. Adoptée par Saw Gerrera (Forest Whitaker), un activiste radicalisé, la gamine est devenue délinquante juvénile.

L’Alliance rebelle la tire d’un mauvais pas et lui assigne une mission dangereuse. Elle débarque avec Cassian Andor (Diego Luna, falot) et K-2SO, un grand robot sans surmoi, sur la planète Jedha. Elle y rencontre un avatar du Zatoichi, le bretteur aveugle des films de sabre japonais, et reçoit un message holographique de son père. Elle file sur la pluvieuse Eadu, puis encore dans un monde de lagons bleus protégés par un bouclier magnétique… Ces rebondissements étourdissants, incluant d’interminables batailles aériennes, peinent à dissimuler la linéarité naïve de l’intrigue.

Ce blockbuster a été réalisé par Gareth Edwards, 41 ans. Cet Anglais grandi dans le culte de Star Wars et formé aux effets visuels présentait son premier film, Monsters, à Locarno en 2010. Il a ensuite réalisé un Godzilla écrasé sous son propre poids. A lui de résoudre l’impossible équation de faire du neuf avec du vieux et inversement, d’intégrer les progrès technologiques à un rétrofuturisme AOC, car s’il est avide de nouvelles sensations, le public entend surtout cultiver la nostalgie. Alors le tableau de commande de l’Etoile noire s’orne de boutons lumineux en plastique, comme les juke-box d’antan, mais on parle toutefois de «fichier trop lourd».

Lire aussi: Star Wars 
en héritage

Sens du sacrifice

Les retrouvailles avec les personnages iconiques sont moins nombreuses, moins sensationnelles que dans Le Réveil de la Force, mais toutefois appréciables puisque Darth Vader fait deux démonstrations de son pouvoir. Plus troublant: Grand Moff Tarkin, concepteur de l’Etoile noire, est fidèle au poste même si son interprète, Peter Cushing, est décédé depuis 1994… Sosie? Pure création CGI? Information top secrète. Quant à la princesse Leia (Carrie Fischer visiblement ravalée à la palette graphique), elle apparaît juste pour lâcher le mot de la fin, «Espoir», qui annonce la suite…

Rogue One se distingue du reste de la saga par une tonalité plus âpre, plus réaliste. Gareth Edwards a visionné des films de guerre et l’ambiance s’en ressent. Le temps de l’innocence est fini. Les blasters qui se contentaient de désactiver les Stormtroopers déchirent à présent les chairs et les armures. Le pilonnage de Jedha fait penser à Alep. On voit les destructions massives provoquées par l’Etoile noire du point de vue des victimes et non des génocidaires. Le sens du sacrifice consume Jyn et ses héroïques compagnons – ce qui n’est guère surprenant puisqu’ils ne sont jamais réapparus par la suite.


Rogue One: A Star Wars Story, de Gareth Edwards (Etats-Unis, 2016), avec Felicity Jones, Diego Luna, Alan Tudyk, Donnie Yen, Wen Jiang, Ben Mendelsohn, Forest Whitaker, Mads Mikkelsen, James Earl Jones, 2h13.

Publicité