Wang Anyi. Amour dans une vallée enchantée. Jinxiugu zhi lian. Trad. d'Yvonne André. Philippe Picquier, 147 p.

Avec Wang Anyi - née à Nankin en 1954 -, tout se joue dans la nuance, dans le clair-obscur d'une prose raffinée, «pour ne pas effaroucher les âmes». Voici le troisième volume d'une trilogie consacrée à des amours clandestines dans la Chine des années 1980. Réduite à un simple pronom, «elle», l'héroïne est une épouse soumise et une employée modèle - elle travaille dans une revue officielle de Shanghai. On la sent pourtant prête à prendre le large et, lorsque l'occasion lui en est offerte, elle n'hésite pas à secouer le carcan de ses multiples routines: pendant quelques jours, alors qu'elle participe à un colloque littéraire dans le silence des montagnes, elle se laisse séduire par un écrivain célèbre. Il ne se passera presque rien mais son escapade amoureuse sera, pour elle, la plus miraculeuse des libérations. Cette flambée de passion sans lendemain, Wang Anyi la décrit du bout de la plume, avec la grâce des peintres chinois du passé, qui se contentaient de calligraphier des ombres et des brumes. Un petit bijou de délicatesse.