roman

«Le Roman de don Juan», une exploration du fantasme amoureux

Antonio Albanese a construit un roman en forme de poupées russes autour de l’usure du couple

Genre: roman
Qui ? Antonio Albanese
Titre: Le Roman de don Juan
Chez qui ? L’Age d’Homme, 306 p.

Fin. Finaud même, Le Roman de don Juan d’Antonio Albanese, dans le sens qu’il joue avec le lecteur, ravi de se laisser prendre, de marcher, de courir presque. Antonio Albanese avait déjà frappé, dans La Chute de l’homme (L’Age d’Homme, Prix des auditeurs de la RSR 2010), par son aisance à jongler entre différents niveaux de réels.

Dans Le Roman de don Juan, on retrouve les jeux de miroirs entre fiction et réalité. Et le constat que la fiction étire son emprise au point que l’on n’en a jamais fini avec elle. Construit comme un jeu de poupées russes, le roman que le lecteur tient dans les mains n’est jamais celui qu’il croit.

Pourquoi ces enchâssements et jeux d’optique qui rappellent aussi les jardins du XVIIIe taillés en forme de labyrinthe? Pour questionner l’amour conjugal et le donjuanisme aujourd’hui. Et plus précisément encore, les modèles et contre-modèles amoureux, les fantasmes et les clichés agissant en 2012 comme hier et demain peut-être. Quoi de plus opérant pour y voir clair que de parodier les romans à l’eau de rose, tout entier construit sur le cliché? Le rire révèle, c’est bien connu. Sauf que là encore, la parodie n’est pas là où on le pense. Et d’ailleurs, où se trouve-t-elle?

Tout commence par un jeune homme, Victor Manara, qui prépare une thèse sur le mythe de don Juan. Il a 30 ans et vit à Paris avec sa compagne Justine. C’est le jour où il se rend dans un café pour participer à un débat littéraire sur le libertinage qu’il tombe au sens propre sur Philippe Grandolfi en train de vomir sur le trottoir. L’homme se révélera être un mathématicien en quête de sens, parfait don Juan à ses heures. Pour séduire les femmes, il a trouvé une arme redoutable. La voici: il faut s’asseoir à un café avec une pile de feuilles devant soi, les relire et les annoter. Une femme s’approchera alors et demandera: «Qu’est-ce que vous écrivez?» Il faudra répondre: «Un roman.» Lisbeth Koutchoumoff

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