Frédéric Cosmeur. La Route fantôme. José Corti, 122 p.

Auteur discret, Frédéric Cosmeur trace un fin sillon dans la littérature française. Après Jean et Les Locaux, La Route fantôme confirme une voix originale et sensible trempée dans une sorte de narration somnambulique. On entre dans ce roman comme dans un rêve éveillé et, comme dans les rêves, les routes ne mènent pas où l'on croyait aller. Julien se lance dans un voyage incertain sur les traces de sa tante Eléonore exilée depuis vingt ans aux Etats-Unis. Pour tout indice, il ne possède qu'une dizaine de cartes postales qu'elle envoyait à ses enfants, les jumeaux Aline et Germain vivant en reclus leur amour incestueux dans la splendeur désolée du château de Hautecombe, en Haute-Savoie. C'est pour ses cousins souffrant du silence maternel que Julien se charge de cette mission et se met en route.

En même temps qu'il roule et qu'il cherche, muni de ses maigres indices, le jeu de l'énigme prend une autre dimension, plus intime, car Julien va aussi à la rencontre de son propre passé américain. Il ne s'agit pas seulement de retrouver une oubliée, mais encore un événement enfoui, incompréhensible et toujours tu. Pourquoi, jeune étudiant comblé, s'était-il défenestré depuis la terrasse d'un campus? La chute, dont il s'était sorti presque indemne, avait été déguisée en accident. Cette question et ses recherches de la tante disparue conduisent Julien dans une quête initiatique plutôt que dans une énigme policière. Un informateur menteur le conduit dans un voyage infructueux chez les Indiens Hopis. Il reprend la route des Titans et trouve à force d'insistance le chemin d'une vérité. Une tombe dit au moins que la tante a cessé de vivre. Et qu'elle a fui l'intolérable violence dont les jumeaux sont nés.