Le poche de la semaine

«Voyons d’abord les livres. Il y avait là ses romans d’Edith Wharton, rangés non pas par ordre…»

Genre: Roman
Qui ? Jeffrey Eugenides
Titre: Le Roman du mariage
Trad. de l’américain par Olivier Deparis
Chez qui ? Points/Seuil, 575 p.

Après Virgin Suicides et Middlesex, ce troisième roman de l’Américain Jeffrey Eugenides est un remake de Jules et Jim transposé dans l’univers drolatique de David Lodge. Au menu, il y aura donc une histoire d’amour à trois, et pas mal de coups de griffe contre l’université d’outre-Atlantique. Madeleine Hanna, 22 ans, est une jolie brune qui ressemble à Katharine Hepburn. A la Brown University – Rhode Island –, elle a décidé de rédiger un mémoire sur la question du mariage dans la littérature anglaise du XIXe siècle. Un sujet un peu démodé dans ce petit monde de gommeux fraîchement convertis à une nouvelle religion – le structuralisme. Nous sommes en effet au début des années 1980 et Eugenides prend un malin plaisir à brocarder le terrorisme intellectuel qui, à ce moment-là, s’est emparé des universités de son pays. Il aurait pu s’arrêter là, pour signer un de ces campus novels dont les Anglo-Saxons ont le secret. Mais Madeleine, qui a une cervelle bien faite, a aussi un cœur. Prêt à battre pour le très brillant – et très fêlé! – Leonard, sous l’œil d’un second prétendant, Mitchell, un étudiant en théologie lui aussi amoureux d’elle… Ce sont les tribulations sentimentales de ce trio que raconte Eugenides, dont la malheureuse héroïne finira «à moitié vivante» après avoir épousé Leonard, bientôt contraint de soigner au lithium sa libido défaillante et ses pulsions maniaco-dépressives. Quant à Mitchell, il ira apaiser son chagrin jusqu’en Inde, auprès de Mère Teresa, le temps de «s’épanouir dans la misère». Reviendra-t-il délivrer Madeleine de ses tourments conjugaux? Réponse dans ce Roman du mariage, une comédie amère sur le désarroi d’une génération qui, à force de tout «déconstruire», a fini par ne plus croire en rien.