Livre

Le Roman des Romands à Max Lobe

«39 rue de Berne» a séduit les jeunes lecteurs de Suisse romande

Le Roman des Romands à Max Lobe

Prix littéraire Les gymnasiens ont choisi «39 rue de Berne»

C’est Max Lobe, jeune écrivain né à Douala, au Cameroun, en 1986 mais installé en Suisse depuis l’âge de 18 ans, qui a conquis les jeunes lecteurs romands et qui remporte, avec 39 rue de Berne (Zoé), la cinquième édition du Roman des Romands. « Je suis à la fois surpris et très content. La reconnaissance des étudiants est quelque chose de tout à fait particulier. J’avais rencontré cinq classes, c’était déjà très riche. Pouvoir discuter avec ces jeunes d’homosexualité ou de prostitution, c’était déjà gagner: c’est une manière de faire passer des messages à ceux qui nous dirigeront demain. Ils disent s’être reconnus dans mon personnage, c’est le meilleur cadeau pour un écrivain », a déclaré Max Lobe mercredi soir, après l’annonce de sa victoire, lors d’une cérémonie à Neuchâtel.

Depuis 2009, le Roman des Romands, doté de 15 000 francs, lancé par la professeure Fabienne Althaus Humerose, est le pendant suisse du Goncourt des lycéens. Il invite des classes entières d’adolescents à la lecture d’auteurs romands, sélectionnés chaque année par un comité de lecture ad hoc. Les élèves ont rencontré les écrivains, discuté avec eux et entre eux. Enfin, c’était le 9 janvier dernier au Gymnase de Chamblandes, à Pully, les délégués des élèves ont voté. Un trio de tête s’est alors dessiné: Rose Envy de Dominique de Rivaz (Zoé), La Lenteur de l’aube d’Anne Brécart (Zoé) et 39 rue de Berne.

Identification forte

Le roman de Max Lobe est le cinquième livre à décrocher le Roman des Romands (RdR pour les intimes). 39 rue de Berne évoque le quartier des Pâquis, à Genève, mais aussi l’Afrique. Dipita, le narrateur, jeune homme qui découvre l’amour et l’homosexualité, creuse son chemin entre les prostituées, les clients, les dealers, une foule colorée et vivante, dont on découvre la vie quotidienne. 39 rue de Berne raconte aussi un exil, celui de la mère de Dipita, qui quitte l’Afrique pour une carrière de danseuse et se retrouve sur le trottoir. «Les élèves se sont identifiés aux difficultés que rencontre le narrateur, raconte Fabienne Althaus Humerose. Qu’il soit Africain, qu’on évoque dans ce livre les problèmes d’immigration ou d’homosexualité, a sans doute moins compté pour eux que l’énergie et la manière dont Dipita affronte la vie. Ils ont été sensibles aux inventions de langage, aux métaphores que tisse Max Lobe.»

Pour les jeunes, ce processus d’identification aux problèmes des personnages a aussi joué avec les autres livres du trio de tête, estime la professeure. Rose Envy, court roman d’amour fou et fusionnel, a frappé en posant la question de la mort et du destin des dépouilles: l’intrigue met en scène Smoothie, jeune femme confrontée à la disparition de son amoureux. Elle se réfère à une reine antique qui boit les cendres de son mari défunt pour lui conserver une sorte de vie… Quant à La Lenteur de l’aube, roman peuplé de fantômes attachants, c’est l’histoire d’une femme qui revient à Genève en quête de son passé. Il a confronté les lycéens à l’âge adulte, à la perte de l’adolescence: «On sent qu’un jour, ça nous arrivera», ont dit ses élèves à Fabienne Althaus Humerose.

Autre fait marquant de cette ­cinquième édition du RdR, la publication d’un livre collectif, Quand j’avais 17 ans, où les écrivains, qui ont participé depuis le début au prix, racontent leurs 17 ans dans de courts textes. «Ce livre a contribué à rapprocher les auteurs des élèves, explique la professeure. Lire sur les écrivains jeunes, c’est aussi dépoussiérer l’image de la littérature.» www.romandesromands.ch

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