Culture

Roman. Secrets diaboliques sous la neige

Le roman de John Burnside, «Les Empreintes du diable», ausculte minutieusement le cœur d'un village et ce­lui d'un bon à rien.

John Burnside. Les Empreintes du diable. Trad. de Catherine Richard. Métaillé. 218 pages

Cette troisième œuvre traduite en français de l'Ecossais John Burnside (The Devil's footprints) commence par le récit d'un conte qui court depuis des âges dans les esprits et les consciences des habitants de Coldhaven, port de la côte ouest de l'Ecosse. C'est celui des empreintes de pas que le diable, par une nuit de neige, aurait laissées sur les toits des maisons en se dirigeant pour de mystérieuses affaires vers l'intérieur du pays. Le narrateur, certes, ne croit pas à l'existence d'un être surnaturel, qu'il s'appelle diable ou Dieu, mais à l'annonce d'un drame dans le village c'est à cela qu'il pense, imaginant qu'une force maléfique est brusquement tombée sur son destin.

Moïra Birnie, sa première petite amie depuis longtemps oubliée (le narrateur, Michael Gardiner, est marié et approche de la cinquantaine), tue ses deux petits garçons et se suicide d'une manière spectaculaire, laissant un mari et une fille adolescente, Hazel. Personne ne comprend, chacun claironne ceci et cela que la femme de ménage du narrateur rapporte à son employeur.

Cette femme de ménage est le seul lien entre le village et Michael, dont la femme est un personnage à peine esquissé, furtif, et dont la maison se situe à l'écart, «sans rien d'autre alentour que le ciel, le flanc de la colline, et, à l'occasion, les oiseaux qui s'assemblent en vastes nuées, ondoyant et virant dans les airs comme des pans d'étoffe sensitive». Un endroit choisi par les parents de Michael, artistes épris de solitude et de cette beauté sauvage de l'estuaire. Michael, amoureux lui aussi du lieu, ne fait rien d'autre que ranger des photos prises par son père, observer les oiseaux, bref, aux yeux des villageois, les mêmes qui avaient persécuté ses parents, il est un bon à rien. Quand l'histoire de Moïra survient, elle déclenche en lui les plus désagréables souvenirs, dont celui de la mort du frère de Moïra, mort dans laquelle, enfant, il joua un rôle gardé secret. Il en vient à se figurer qu'il est peut-être le père de Hazel. Comme si «le doigt d'un dieu raclant l'intérieur de son crâne» l'incitait à devenir fou, il se lance dans une fugue grotesque avec l'adolescente Hazel, touche le fond de lui-même, avant de revenir dans sa maison, après une nuit de neige semblable à celle du conte.

Ce roman, sur le thème des secrets que tout être garde en lui, subjugue par son écriture limpide, ses images («la lumière du matin tombe comme un télégramme»), le contraste entre l'apparente et méticuleuse logique des raisonnements et des propos du narrateur, et les terribles choses que le lecteur s'attend à subir.

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