Marc Levy. Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites. Robert Laffont. 426 p.

A peine publié, le dernier roman de Marc Levy est premier des ventes. Pas de quoi s'étonner. Son nom est une marque - pourquoi ne le serait-il pas? Picasso est bien celui d'une automobile. Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites est une histoire à l'eau de rose. Julia, une jeune femme brillante. Stanley, son confident, un homosexuel qui connaît la vie et les grands sentiments (excellent conseiller vestimentaire). Julia va se marier avec Adam, un homme qu'elle n'aime pas (on le devine tout de suite). Son père, avec lequel elle est brouillée depuis des années (on saura bientôt pourquoi), meurt subitement et il a l'indélicatesse d'être enterré le jour du mariage de sa fille, lequel est renvoyé à plus tard (on devine qu'il n'aura pas lieu).

Peu après, des déménageurs déposent chez Julia une grande caisse en bois qui n'est pas un cercueil. Julia y trouve la statue de son père (très ressemblante) avec une télécommande et un mode d'emploi: il suffit de presser sur le bouton pour animer la statue. Julia presse et le père bionique commence sa vie d'outre-tombe. Début de l'histoire, et longue visite du passé qu'il faut reconstruire puisqu'il s'agit d'une interminable scène de réconciliation: le père a arraché sa fille à l'homme qu'elle aimait un jour de 1989, à Berlin Est. De grande histoire, rassurez-vous, il n'en sera pas question. Chez Marc Levy, on dit des choses banales, on a de grands sentiments, on prend l'avion en première classe et on dort dans des suites cinq étoiles. Tout est bien qui finit bien. C'est doux, c'est sucré. C'est moins dangereux pour la santé qu'un sundae vanille-caramel, mais tout aussi attractif.

Nous avions décelé dans le roman précédent de Marc Levy, Les Enfants de la liberté, où il était question de son propre père et des tragédies de la Seconde Guerre mondiale, l'ébauche d'une écriture émancipée du design littéraire. Rien de ça dans Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites. Marc Levy s'est replié sur les recettes de son succès. De gentils stéréotypes, un gros zeste de mystère métaphysique et un pavé (426 pages heureusement écrites très gros) de bonnes intentions. Un enfer? Même pas. Beaucoup de gens liront ce livre. Tant mieux. Ils n'en sortiront pas bouleversés. Tant pis.