Vita Sackville-West. Haute Société. Family History. Trad. de Bernard Delvaille. Autrement. 272 p.

Bonne idée de rééditer ce roman, paru en 1995 chez Salvy, qui témoigne de la sûreté d'analyse psychologique de Vita Sackville-West (1892-1962). Ce beau portrait de femme, partagée entre sa passion pour un homme de quinze ans son cadet et le souci exagéré des convenances de son milieu conservateur, est aussi une satire de cette haute société anglaise dont les membres, bien nourris et persuadés qu'ils n'ont pas d'égaux, ont «la beauté et la distinction des animaux de pure race», avec une cervelle «pas plus grosse que celle d'un lévrier». Quatre chapitres suffisent à raconter les sept mois heureux de cette histoire d'amour et sa fin tragique cinq mois après, car la frivole et exigeante Evelyn Jarrold, 39 ans, se sacrifie par fierté pour ne pas gâter la vie de son amant, Miles Vane-Merrick, jeune aristocrate réformiste aux intérêts multiples, qui lui a pourtant proposé le mariage. Plus que leur différence d'âge, démontre la romancière avec finesse, ce sont leurs caractères et leurs idées qui les opposent irrémédiablement.