Jean-Claude Carrière et Milos Forman. Les Fantômes de Goya. Plon, 300 p.

Le cinéma a coutume de piller la littérature pour en tirer des scénarios. Il arrive aussi, plus rarement, qu'un succès cinématographique trouve d'autres horizons commerciaux dans une version romanesque ou qu'un phénomène littéraire comme Harry Potter cherche à presser encore le citron du succès du côté des écrans. Rien de semblable avec Les Fantômes de Goya, roman sorti simultanément au film. L'histoire est exactement la même, mais si vous n'avez pas aimé le film, vous aimerez peut-être le roman, ou, mieux encore, vous aimerez les deux. En professionnel aguerri, le scénariste Jean-Claude Carrière livre un puissant roman historique. Cela ressemble même parfois à un cours d'histoire dans lequel on perd momentanément les personnages de vue.

Avec leurs courages et leurs lâchetés, ces personnages en apparaissent d'autant mieux liés à la trame historique sur laquelle ils s'agitent. Comme Lorenzo, une intelligence fanatique, qu'il agisse du côté de l'Inquisition espagnole, ou, après avoir perdu tous ses privilèges, du côté de la France de Napoléon. Ce champion du revirement, extrémiste dans tous les cas, admire Goya, peintre de la Cour d'Espagne. Qui campe un personnage d'artiste toujours lucide et toujours prudent, même quand il devient sourd. Il fait son travail de peintre, arrange un peu, rien qu'un peu, la laide épouse du roi, et peint en cachette Les Horreurs de la guerre. Inès, une jeune fille dont le père avait commandé le portrait pour marquer ses 18 ans, subira les tortures et l'arbitraire de l'obscurantiste Inquisition. Tardivement, elle trouvera en Goya un protecteur après la formidable et inutile vengeance de son père.

Ce roman plonge le lecteur dans l'époque bouleversée de l'Espagne au temps de la Révolution française, puis des guerres napoléoniennes. Il grouille de passions, d'égarements, de débats aussi, et les rebondissements y sont un puissant antidote contre l'ennui.