La fin du roman? Le Nouvel Observateur s’est officiellement posé la question cet automne, pointant une des singularités de la rentrée littéraire 2011, soit une tendance générale qui pousse le roman du côté de l’enquête biographique. Nombre des livres qui ont fait l’actualité doivent en effet plus à la biographie qu’à l’imagination de leurs auteurs. C’est à des personnages qui existent ou ont existé, proches ou lointains, que l’écrivain emprunte ses sujets.

L’exemple le plus réussi, cette saison, est sans doute le Limonov d’Emmanuel Carrère (Ed. P.O.L, Prix Renaudot), portrait de l’écrivain et opposant russe Edouard Limonov. Ce dernier offre à son biographe autoproclamé une vie aussi bondissante que sulfureuse, «un personnage à la Dumas», s’enthousiasme Emmanuel Carrère. La liste est longue: Delphine de Vigan a fait le portrait de sa mère dans Rien ne s’oppose à la nuit (Ed. Lattès); Simon Liberati celui de l’actrice Jayne Mansfield, dans Jayne Mansfield 1967 (Ed. Grasset), Lydie Salvayre s’est inspirée de Jimi Hendrix dans Hymne (Ed. Seuil). Les écrivains suisses ne sont pas en reste: ainsi, Jean-Jacques Bonvin tournant autour de Neal Cassady dans Ballast (Ed. Allia) ou Nicolas Verdan restituant la figure d’un sexologue antinazi dans Le Patient du docteur Hirschfeld (Ed. Campiche) dans un récit qui mêle, il est vrai, fiction et histoire.

Philippe Forest , biographe de son père l’an passé avec Le Siècle des nuages (Ed. Gallimard) et universitaire, estime qu’«il n’y a aucune raison de limiter le roman au domaine des petites histoires inventées […]. Si le genre a encore ses amateurs, cela fait longtemps qu’il est en coma dépassé». Une vigoureuse réplique de Pierre Jourde sur le site nouvelobs.com et la vitalité des romans d’imagination étrangers viennent heureusement mettre en doute cette sombre constatation.