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Judith Kerr, l’auteure de «When Hitler Stole Pink Rabbit», chez elle, à Londres, en 2015.
© Dylan Martinez/Reuters ©

Enfants

Romans d’enfance, romans d’exil

Au récit de Judith Kerr qui s’enfuit de Berlin avec ses parents dans les années 1930 répond un texte contemporain autour des jeunes migrants mineurs d’aujourd’hui

Quand Hitler s’empara du lapin rose est un classique de la littérature anglaise. Paru en France en 1985, aujourd’hui réédité, il raconte l’enfance de son auteure, Judith Kerr.

Anna a 9 ans, elle vit à Berlin dans une famille juive intellectuelle, mais on est en 1933 et Hitler accède au pouvoir. Ce qui semblait impossible devient une réalité: la famille est menacée et il faut fuir.

Quand Hitler s’empara du lapin rose raconte un exil à hauteur d’enfant. Et le titre évoque le choix qu’a dû faire Anna pour son maigre bagage: lapin ou chien? L’enfant imagine Hitler confisquant, avec tous leurs biens, la peluche abandonnée.

Recommencements perpétuels

La séparation (temporaire) de la famille, les départs successifs (Zurich, Paris, Londres), les nouvelles qui leur parviennent d’Allemagne, l’ostracisme vécu parfois aussi dans les pays d’accueil. Le pire n’est pas dit. La jeune narratrice conserve sa vision enfantine et évoque les recommencements perpétuels, les langues qu’il faut apprendre, les amitiés qu’il faut renouer, les nouvelles mentalités à comprendre.

Une langue désuète, des interactions d’une politesse extrême permettent de garder une distance bienvenue avec les événements et de vivre avec cette famille aimante en n’entendant que le tonnerre qui gronde au loin.


Judith Kerr
Quand Hitler s’empara du lapin rose
Traduction de l’anglais par Boris Moissard
Albin Michel Jeunesse. Dès 12 ans

Un livre funambule

Les étrangers a une couverture d’une noirceur absolue et deux auteurs, mais ce n’est pas un livre polyphonique: Solminihac a écrit le premier chapitre, Pessan le second, ils ne savaient pas où ça allait les mener.

Il s’ensuit un roman épatant qui transforme son lecteur en funambule allant de l’avant sans savoir si ça tient sous ses pieds.

C’est la fin des cours et Basile se retrouve à scruter les rails d’une gare désaffectée. Il y fera des rencontres: celui qu’il croit être un ancien camarade de classe et des ados perdus, traqués – des migrants. Ils fuient la police, mais aussi la mafia et les trafics en tout genre qui font d’eux, de leur détresse et de leur anonymat, des proies faciles.

Silhouettes fantomatiques

L’un des garçons disparaît et Basile suit le mouvement, participe à sa libération, en individu ordinaire se laissant porter par le courage et l’engagement des autres.

Un livre prenant, calme et haletant à la fois qui, l’espace d’une longue nuit, rapproche le héros et les lecteurs de ces silhouettes fantomatiques dont on sait seulement qu’elles ont traversé tant de dangers pour parfois en courir de terribles chez nous aussi.


Pessan et Solminihac
Les étrangers
L’Ecole des loisirs, coll. Médium. Dès 14 ans


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