Rompus à une tradition de dessins humoristiques consacrés à des naufragés dépérissant sur un îlot de cinq mètres de diamètre planté en son centre d’un cocotier, certains enfants sont déçus d’apprendre que Robinson Crusoé, le premier de tous ces marins infortunés, ait trouvé asile sur une terre autrement vaste, giboyeuse et verdoyante à souhait. Ces chenapans sous-estiment les effets dévastateurs de la solitude…

Jeune Anglais parti tenter sa chance sur les sept mers, Robinson Crusoé fait fortune au Brésil. La main-d’œuvre venant à manquer, il part chercher des nègres en Afrique. Hélas! Au large du Venezuela, un grain contrecarre l’entreprise. Seul Robinson échappe à la noyade et parvient à prendre pied sur un rivage proche.

Opulence et expansionnisme

Le naufragé récupère dans l’épave du bateau de quoi se bâtir un avenir: provisions, outils de charpenterie, armes à feu et papier pour tenir son journal, car le roman de Daniel Defoe, publié en 1719, est écrit à la première personne. Il construit un abri fortifié, plante des céréales, prospecte, explore, chasse, boucane, développe une industrie textile, construit une résidence secondaire et crée le chapeau en peau de chèvre qui caractérise son personnage. Il rejoue en solo l’histoire de l’humanité, de la pierre à feu à l’agriculture. Niant l’état de nature cher à Rousseau, il symbolise l’opulence et l’expansionnisme de l’Empire britannique.

Echoué sur son île le 30 septembre 1659, Robinson va y passer vingt-huit ans, soit la moitié de sa vie, avant d’être secouru. A-t-il souffert de la solitude, perdu au milieu de l’immensité océanique? Pas vraiment. Il avait Dieu à ses côtés et aussi le fidèle Vendredi, ci-devant cannibale évangélisé en bonne et due forme. Le confinement selon Robinson se sublime en productivisme et colonialisme.


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