La taille de la prison est précisément documentée: elle fait 70 mètres de long sur 8 de large. Soit une surface de 1011,45 mètres carrés et un volume de 1500,1 mètres cubes. C’est le capitaine Nemo qui donne ces chiffres. Il parle du Nautilus, son sous-marin, sa machine de guerre contre l’humanité. Le professeur Aronnax, son fidèle domestique Conseil et le harponneur Ned Land vont y être confinés pendant plus de quarante jours.

Difficile de s’ennuyer dans ce cylindre d’acier qui abrite une bibliothèque de 12 000 volumes, d’Homère à Victor Hugo, de Xénophon à Michelet, que l’on peut lire en dégustant un cigare à base d’algue nicotineuse. Le salon abonde en toiles de maîtres (Raphaël, Velasquez, Rubens, Delacroix, Ingres…), des partitions de Rossini, Mozart et Beethoven attendent d’être jouées sur l’orgue… Et puis, surtout, «Mobilis in mobili» – «Mobile dans l’élément mobile»: c’est la devise du submersible. Le Nautilus accomplit une circumnavigation prodigieuse qui le mène de la mer de Chine au Pacifique Sud, de l’Antarctique aux côtes américaines, avant de sombrer dans le maelström des îles Lofoten.

Pouvoir de l’imagination

Au cours de ce périple en mer, cet «immense désert où l’homme n’est jamais seul, car il sent frémir la vie à ses côtés», les héros auront vu les ruines de l’Atlantide, le cimetière de corail, les sauvages de Papouasie, emprunté un chenal souterrain reliant la mer Rouge à la Méditerranée, et aussi combattu la pieuvre géante…

Grand voyageur par la plume, Jules Verne a tendance à enfermer ses personnages dans un espace restreint: un ballon pour traverser l’Afrique en cinq semaines, un obus qui rallie la Terre à la Lune, l’aérostat blindé de Robur, divers navires et îles plus ou moins mystérieuses… Ces aventuriers ressemblent au lecteur: captif du livre, il laisse son imagination s’éployer en toute liberté.


Des romans d’enfermement et d’aventures: