roman

Le «roman-soin» de Delphine de Vigan

Folie et grandeur de sa mère, joies et drames de sa famille, l’écrivaine se raconte et se trouve dans «Rien ne s’oppose à la nuit»

Genre: roman
Qui ? Delphine de Vigan
Titre: Rien ne s’oppose à la nuit
Chez qui ? JC Lattès, 440 p.

Meilleures ventes, Prix du roman Fnac 2011, nominations au Goncourt et au Renaudot, Rien ne s’oppose à la nuit est un des livres qui marchent le mieux en cet automne 2011.

Récit d’une folie – celle de la mère de l’auteure qui a souffert de troubles bipolaires (délires, internements, camisoles chimiques, rémissions). C’est aussi l’histoire d’une famille, les Poirier, fondée par les grands-parents de la narratrice, une smala nombreuse et fantasque, à la fois follement gaie et tragiquement malmenée, merveilleusement vivante et néanmoins fatale à plusieurs de ses membres.

Delphine de Vigan trouve un ton juste pour parler des siens. Elle touche. On est ému de côtoyer le temps d’un livre l’énergie vitale qui émane de la famille Poirier et même de Lucile, qui de mère délirante deviendra une grand-mère farfelue et adorée. Tout au long du livre, Delphine de Vigan met en scène ses hésitations et ses doutes – «ai-je le droit d’écrire que…» –, raconte ses cauchemars, ses craintes. L’histoire paraît pourtant s’être imposée à elle avec une force que le lecteur peut à son tour ressentir.

Voilà, cependant, un livre qui a été écrit pour soigner – il est clair, elle le dit, que la romancière écrit pour décrypter son passé et sa lignée; livre écrit pour soigner son auteure donc et peut-être aussi son lecteur confronté éventuellement à un proche bipolaire ou malheureux simplement de ses héritages familiaux.

Tout cela est important, mais il n’en reste pas moins que ce livre – nommé «roman» – relève plus du témoignage que de la littérature. On n’est pas ici dans la poésie, dans la création, dans la quête d’une forme qui transfigurerait le fond et créerait avec lui une distance. On n’est pas dans l’art, mais dans l’émotion, dans la psychologie. La fiction est minimale: les remerciements adressés en fin d’ouvrage aux membres de la famille montrent bien combien la couche romanesque se déchire aisément. Il faudrait inventer un nouveau terme – «roman-soin?» – pour dire ces livres-là.

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