Un passage pour piétons avec ses bandes jaunes est-il une œuvre d'art? Pas vraiment. Et pourtant. Il suffit qu'un imaginatif comme Kerim Seiler s'empare de ce type de signalétique pour qu'une mise en scène s'échafaude. L'installation que cet artiste bernois propose à la Kunsthalle de Zurich est en deux séquences. Premier acte: le traceur de lignes s'est emmêlé les pinceaux. Second acte et chute: une voiture sur le toit. Le tout est exprimé avec les moyens du sculpteur et du peintre contemporain. C'est-à-dire avec concision, précision, froideur et technicité mais aussi avec recul et humour.

Influence électronique

Kerim Seiler et les deux autres réunis ici – Daniel Pflumm et Sidney Stucki, tous deux nés à Genève – sont représentatifs d'une génération. Dans la trentaine, marqués par la musique techno, les messages publicitaires et les moyens électroniques, ces créateurs utilisent pleinement ces possibilités, poussant leur exploitation jusqu'à l'absurde; en toute conscience. Ils sont DJ's, montent des labels de production de disques, impriment des flyers, ouvrent des sites Internet mais œuvrent dans les marges des structures sociales et commerciales. Ils détournent les moyens à disposition, les pastichent mais trouvent aussi à y puiser leur propre poétique.

A l'exemple de ce faux Dance floor que Sidney Stucki a imaginé comme une immense peinture horizontale. Dans le plus grand espace de la Kunsthalle, DJ Sid a posé un plateau blanc cassé sur lequel tranche le blanc froid de courbes inspirées de celles des potentiomètres d'une table de mixage. Bordé de néons invisibles, le plateau paraît en lévitation. Pareille sensation de réalité allégée se retrouve dans les propositions de Daniel Pflumm; lorsque ses caissons lumineux reprennent des logos publicitaires sans la lettre. Mais quand sa vidéo FreeCustomer.com (2000) reproduit de manière répétitive des séquences publicitaires ou isole certains gestes, le comique de répétition ou de situation l'emporte. Ainsi, selon la manière dont les icônes du quotidien sont perçues et adaptées, ce quotidien est-il la source du grotesque, du sublime et du vulgaire… Un mélange que, en leur temps, les romantiques préconisaient déjà.

Pflumm Seiler Stucki.

Kunsthalle Zurich (Limmatstrasse 270, tél. 01/272 15 15). Ma-ve 12-18 h,

sa-di 11-17 h.

Jusqu'au 18 mars.