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Le pape François avec Monseigneur Guido Marini durant leur visite à Genève, juin 2018.
© Martial Trezzini/AFP Photo ©

Genève 

De Rome 
à Genève, dans 
les pas du pape

Le correspondant du «Temps» 
en Italie a suivi François lors de cette première visite en terres romandes. Le souverain pontife 
a appelé à l’unité des chrétiens et à la nécessité d’un «nouvel élan évangélisateur»

L’œil est vif et malicieux, comme à son habitude. Il vient de passer le rideau marron séparant l’avant de l’arrière de l’avion. Un micro à la main, devant un parterre de journalistes serrés dans l’Airbus A321 d’Alitalia aux couleurs du Saint-Siège, le pape François prend la parole. Il s’agit d’un «voyage vers l’unité», lâche-t-il au micro. «Désir d’unité», scande-t-il à nouveau dans un style télégraphique avant de remercier son audience pour son travail à venir. Il avance ensuite dans la rangée pour saluer personnellement tous les représentants des médias. Certains lui glissent quelques mots à l’oreille, d’autres lui offrent un présent. Pour ce journaliste suisse, ce sera une boîte de chocolats locaux.L’avion papal est dans le ciel depuis bientôt une demi-heure.

Lire aussi: «François, c’est Jésus en mieux»: 
à Palexpo, une messe comme une fête

Un voyage mouvementé

Il est loué par la compagnie italienne. La figure blanche, doucement, freinée par de nombreuses mains et photographies, s’arrête devant les journalistes suisses présents dans l’appareil. Il leur raconte, sans entrer dans le détail, ses passages sur le sol helvétique. Lors de ses études en Allemagne il y a une trentaine d’années, son visa lui imposait de sortir du pays. Il passait alors la frontière sud. Il admet ne connaître la Suisse que «de passage». Plus tard, son porte-parole précisera que Jorge Mario Bergoglio avait traversé la Suisse en voiture lors d’un voyage en 1986 entre Francfort et Turin, dans le nord de l’Italie. L’avion survole cette terre piémontaise d’où la famille du pape est originaire. François poursuit sa traversée laborieuse des rangs journalistiques du vol papal.

Lire également: Le pape François à Bossey, symbole de l'unité des chrétiens

«Vous l’empêchez de passer plus de temps avec nous, alors qu’il semble le vouloir», se lamente une femme, s’adressant à un grand homme suivant de près le pontife. Le rôle du «méchant» est rempli par son majordome, qui se contente d’esquisser un sourire. Dans ses bras, les nombreux cadeaux. Comme cette petite peluche d’un saint-bernard offerte par un autre journaliste helvétique. L’assistant du pontife porte un badge orné des drapeaux suisse et du Vatican, comme tous les membres de la délégation. Les salutations doivent s’abréger, l’avion arrive bientôt à destination, le pape rebrousse chemin.

Et aussi: De l’œcuménisme aux migrants, le pape de retour de Genève

A Cointrin avec Alain Berset

A l’arrivée, pas le temps de s’attarder sur le tarmac pour voir le pape sortir de l’appareil. Quatre cars attendent déjà la presse pour se rendre au premier rendez-vous de la journée: la prière œcuménique au Conseil œcuménique des Eglises (COE). François est en effet en Suisse pour célébrer le 70e anniversaire de l’institution représentant 348 Eglises et plus de 500 millions de chrétiens.Pendant que les cars quittent l’aéroport de Genève, François sort de l’appareil. Deux gardes suisses prennent place des deux côtés de l’escalier amovible. Le pontife est accueilli par Alain Berset. Il passera une vingtaine de minutes avec le président de la Confédération suisse plus tard, dans le pavillon VIP de l’aéroport.

Un échange de dons et une discussion plus tard, François retourne vers les journalistes. Son premier discours à peine achevé, la délégation médiatique doit déjà repartir, direction Bossey.Là, à 18 kilomètres de Genève le long du Léman, dans le canton de Vaud, caché derrière une forêt se situe l’Institut œcuménique, un centre international du Conseil œcuménique des Eglises dévolu à la «rencontre, au dialogue et à la formation». Il s’agit du symbole le plus fort de la visite du pape François en Suisse, celui de l’unité et de la réconciliation des chrétiens. Le pontife argentin a choisi d’y passer une grande partie de l’après-midi.

Déjeuner œcuménique 
à Bossey

En trois heures, il ne prend jamais publiquement la parole. Tous les échanges du pape sont privés. Son séjour vaudois commence par un repas en comité restreint. Huit autres personnes sont autour de la table: des représentants du COE et le cardinal suisse Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, sorte de «ministre» du Saint-Siège. Ce déplacement se poursuit par un échange de dons dans le jardin de l’établissement, la visite d’une chapelle et la rencontre avec une trentaine d’étudiants de l’institut.
Ces derniers viennent de toutes les régions du monde et représentent différentes Eglises chrétiennes. Chaque année, ils se rendent à Rome pour rencontrer le pape.

Cette fois, ce dernier vient à eux. «Ils ont été préparés à cette visite afin de mettre l’accent sur la formation, confie Amélé Ekué, professeure d’éthiques œcuméniques au sein de l’institut. Par des interviews, ils ont eu l’opportunité de parler de la foi, de la manière dont ils perçoivent l’unité [des chrétiens] à travers la sensibilité de leur contexte respectif.» L’enseignante a participé à l’organisation également logistique de la venue papale. «L’insistance du pape François de se rendre à Bossey signifie qu’il accentue l’aspect spirituel de cette visite», ajoute-t-elle, regrettant que le séjour du pape dans ce havre de paix ne soit pas plus long.«Le Saint-Père est très reconnaissant pour l’invitation» à célébrer l’anniversaire du COE, répond le cardinal suisse lors d’une conférence de presse dans l’après-midi à Bossey.

Au même moment, le pape se repose dans une pièce de l’établissement. Lors du «très bon» repas, quelques minutes plus tôt, «nous avons discuté du concept d’unité, de ce qui est important, de ce que nous pouvons faire», détaille Kurt Koch. «L’unité est à la fois un cadeau, mais aussi un devoir, lui fait écho le pasteur Olav Fykse Tveit, secrétaire général du Conseil œcuménique des Eglises, à ses côtés. Elle doit s’ancrer dans la réalité, dans le quotidien.» Dans le cas de problématiques comme l’immigration, par exemple.

«Le souci 
du compagnon»

Dans son discours lors de la rencontre avec tous les leaders du COE, après avoir quitté Bossey pour Genève, François a «apprécié le rôle incontournable de l’institut dans la formation œcuménique des jeunes générations de responsables pastoraux et académiques de nombreuses Eglises et confessions chrétiennes du monde entier». Il prononce alors son deuxième discours de la journée, toujours centré sur l’unité des chrétiens. «Ce dont nous avons véritablement besoin, a insisté le pape, c’est d'un nouvel élan évangélisateur.» Avec ces mots, le souverain pontife semble changer la priorité de l’œcuménisme, de l’unité vers l’évangélisation. «Comment les chrétiens peuvent-ils évangéliser s’ils sont divisés entre eux?» demande-t-il. En fin de matinée, lors de la prière œcuménique, il affirmait que «l’œcuménisme est une grande entreprise en pure perte». Il regrettait en effet le sentiment que «marcher ensemble, c’est travailler en vain, car on ne défend pas, comme il se doit, les intérêts des communautés respectives». Le pape insistait donc sur le «souci du compagnon» plutôt que de «s’occuper commodément de [ses] propres affaires sans s’exposer aux risques du voyage». Il condamnait enfin la «mentalité mondaine», soit la «défense de ses propres intérêts», responsable de la «division des chrétiens».

Quelques minutes séparent le sérieux de ces paroles théologiques des cris de joie accueillant le pape à Palexpo, où il célèbre la messe, dernier rendez-vous avant le retour à Rome. Une contradiction du voyage? «Si le Saint-Père rentre dans un pays où se trouve une communauté catholique, il est normal qu’il la rencontre, répond le cardinal Kurt Koch. L’absence d’une rencontre avec les catholiques ne servirait pas l’œcuménisme, car cela pourrait donner l’impression aux fidèles que le pape n’est venu que pour les autres.» Il ne quitte donc pas vraiment le monde œcuménique pour le monde catholique.

Durant la fête avec les 41 000 fidèles assistant à une messe sobre mais emplie de ferveur, la délégation journalistique du pape François doit repartir. A 18 heures, discrètement. Elle doit déjà être à bord de l’A321 quand le pape arrive, pour décoller aussitôt. Le pape sera là deux heures plus tard, selon le programme officiel. Il entrera comme à l’aller par la porte avant pour s’asseoir au premier rang devant une figure de la Sainte Vierge Marie, montée à côté du logo argenté d’Alitalia. Puis, après le décollage, il se lèvera pour passer de nouveau le rideau marron le séparant des journalistes. 

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