Si Bernard Fixot avait passé ses vacances à caboter le long des côtes bretonnes, on aurait peut-être droit aujourd'hui à une saga celtique. Mais voilà, l'éditeur a «fait» le Pérou: fasciné par les vestiges de la civilisation incaïque, il a décidé de produire, au sens cinématographique, une trilogie andine, l'équivalent précolombien des ouvrages de Christian Jacq sur l'Egypte. Un triumvirat a été réuni pour conquérir cet eldorado éditorial où croissent les tirages fabuleux et tombent en cascades dorées les droits mondiaux. Il s'appelle Antoine B. Daniel. «Antoine» pour Antoine Audouard, ancien collaborateur de Fixot, expérimenté dans l'édition de best-sellers, auteur l'an dernier d'un roman historique érudit et un rien précieux sur Abélard (Adieu mon Unique/Gallimard). «B.» pour Bertrand Houette, voyageur, journaliste, ethnologue et archéologue, garant de l'infrastructure documentaire. Et «Daniel» pour Jean-Daniel Baltassat qui publia en 1991 chez Bernard Barrault un roman sur la conquête du Pérou intitulé Bâtards.

Un triple auteur n'a pas d'ego, ce qui est très pratique pour l'éditeur. Dans une longue interview incluse dans un dossier de presse bien garni, le trio déclare travailler de manière «fusionnelle», dans une sympathique ambiance d'atelier. Leur projet s'apparente à ces officines de production de texte que le XIXe siècle a vu fleurir et dont Alexandre Dumas reste l'un des maîtres. Un grand roman populaire, donc, un feuilleton en trois énormes épisodes dont le premier sort le 26 mars, accompagné d'une brochure illustrée sur La Vie quotidienne à Cuzco au temps des Incas.

Au départ se dresse un mystère jamais bien dissipé: comment une petite troupe d'aventuriers espagnols a-t-elle pu défaire si facilement l'immense armée d'Atahuallpa à la bataille de Cajamarca en 1532? Ajoutons à cela la fascination pour les vestiges précolombiens, toutes civilisations confondues: le site quasiment mystique de Machu Picchu, les chef-d'œuvre d'orfèvrerie, les troublants et gigantesques dessins qu'on découvre sur le sol en survolant l'altiplano.

Sur ce terreau historico-mythique, il n'était pas difficile de faire fleurir une intrigue romanesque. Roméo et Juliette ont déjà prouvé leur capacité d'adaptation à tous les milieux. Les voilà donc à Cuzco. Elle est une petite princesse inca aux yeux bleus, ce qui lui donne à la fois un statut quasi divin, l'accès à des secrets ancestraux et une aptitude à naviguer entre le monde visible et l'invisible qui la prépare à faire de même entre l'ancien et le «nouveau» monde. Lui, Gabriel, est issu d'une riche famille européenne; l'Inquisition l'a mis en prison quand il était étudiant à Salamanque et son père l'a répudié: comme Pizarro, c'est un bâtard à la fois libre et seul, qui part à la conquête de lui-même. Son roman de formation tourne en drame d'amour interculturel. La princesse Anamaya l'initie au monde des Incas, les voilà pris tous les deux dans des conflits de loyauté dont on sait qu'ils finissent mal, en général.

Inca 1, Princesse du Soleil est donc «un grand roman magique où s'entrechoquent le pouvoir, le surnaturel et la passion», où l'histoire se mêle à la fiction dans un alliage qui fait toujours recette. En couverture, un somptueux et grimaçant masque solaire en or darde des rayons serpentins sur fond noir. Rien n'a été négligé pour le lancement de ce premier épisode qui ouvre la voie à L'Or de Cuzco et à La Lumière du Machu Picchu. Bernard Fixot a décidé de manière volontariste que Inca serait un best-seller, comme si c'était un genre en soi et pas le résultat du succès. Et ça marche, constate-t-il: à Francfort en automne dernier, il en a vendu la traduction anglaise à Simon and Schuster aux Etats-Unis. Dix-huit pays en tout ont acheté les droits du premier volume et une adaptation cinématographique semble inévitable pour cette «Table ronde devenue mystérieusement andine».

«Inca», tome 1, «Princesse du Soleil» Antoine B. Daniel. Editions XO.