Le métissage, comme retour à l'expéditeur. Romuald Hazoumé, 45 ans, Béninois dont la maison de Porto Novo est un parc botanique d'orchidées rares, vend du bidon. Jerricane de plastic chinois tourné en masque africain.

C'est que, à la frontière du Nigeria où il réside, le trafic de pétrole sur motocyclette explosive fait le gros de l'économie locale. L'atelier d'Hazoumé est un hangar moite où s'accumulent des forêts de réservoirs, légèrement repeints aux armoiries du propriétaire.

La transformation est minimale. L'artiste retourne les bidons, les suspend. Surgissent des figures imaginaires qui disent autant l'Afrique que l'on souhaite (celle du sacré, de l'antique, du temps figé) que le monde que l'on vit (l'accélération, la domination économique, la colonisation).

Si Romuald Hazoumé est un artiste métis, c'est qu'il retourne aux musées internationaux, aux biennales cotées, des symboles qui fonctionnent pour le Nord et le Sud. Il traite des transformations contemporaines depuis un lieu déterminé avec des outils universels. Lui-même, depuis son enfance, est initié aux rituels animistes, au respect des vodoun. La religion béninoise - et ses avatars haïtien, brésilien, cubain, dont Hazoumé est le rejeton postmoderne - n'a jamais été que cet espace de métamorphoses, de remix et de créolité où le savoir se reformule à destination des générations suivantes. De ce point de vue, Romuald Hazoumé utilise l'ironie, le burlesque, la fable, pour traiter du rapport entre les mondes blanc et noir.

Son succès phénoménal sur le marché de l'art relève d'une adaptation aux dispositifs identitaires de ce marché. Un artiste chinois vend du Mao. Un artiste sud-américain vend du tropicalisme. Et l'Africain est contraint de puiser, lui aussi, dans l'inventaire paradoxal des fantasmes occidentaux: sauvagerie, truculence, religiosité spontanée. Mais les masques de Romuald Hazoumé, parce qu'ils paraissent répondre au violent désir d'authenticité que le Nord exige, n'en sont que plus venimeux. Le Béninois refuse l'assignation à résidence. Il fait passer pour des icônes de vieux bidons que les collections les plus prestigieuses s'arrachent. Une forme de boomerang culturel, où le déchet se recèle au prix de l'or.