Spectacle

Romy Schneider, sous les feux d’un théâtre à Genève

L’auteur Guillaume Poix et la metteuse en scène Manon Krüttli traquent en vain l’ombre de la star sur la scène du Poche

On voudrait qu’il n’y ait qu’elle, Rébecca Balestra. Au Poche à Genève, la jeune comédienne n’est pas seulement solaire dans les oripeaux de Romy Schneider. Elle est farceuse quand elle vous lance une œillade boulevardière, électrisante quand elle plonge dans l’élégie, hardie et délicate dans son face-à-face avec l’ombre de Romy, cette muse franco-allemande qui surgit après la guerre, idole à l’eau de rose dans Sissi l’impératrice. Rébecca Balestra donne un peu d’éclat à La Côte d’Azur, texte mal fagoté du Français Guillaume Poix, auteur pourtant intéressant qui passe ici à côté de son sujet.

Pourquoi cette Côte d’Azur navre-t-elle? Guillaume Poix a voulu rattraper Romy au bord de La piscine, ce film de Jacques Deray où elle retrouve, en 1969, Alain Delon, avec lequel elle a formé un couple déchiré et raccommodé cent fois à l'aube des années 1960. Il existait mille autres stations dans ce destin de strass et de plaies, mais celle-ci a le mérite d’être une boule de cristal sociologique et psychique: la libido et les culs-de-sac d’une caste bourgeoise s’y reflètent. Romy et Alain sont les fixateurs du désir d’une époque.

Variations narcissiques

Si ça ne marche pas, c’est que Guillaume Poix a imaginé à partir de cette focale des bulles de fiction, autant de variations plus décoratives qu’éclairantes: c’est ici une séquence de tournage, là une parodie de La piscine signée Elfriede Jelinek, là encore, la confession d’un père face caméra.

Confrontée à cet exercice de style poussif, la metteuse en scène Manon Krüttli bricole et les acteurs font ce qu’ils peuvent, brochure en main, ce qui ajoute à l’impression de négligence généralisée qui se dégage de l’affaire.

Aucune plage à sauver alors de cette Côte d'Azur? Si. La voix blanche et le corps de fantassin lunaire de Julie Cloux débitant des réponses à des interviews mises bout à bout, comme pour former la main courante d’un toboggan existentiel. C’est le préambule et il est prometteur. Mais c’est Rébecca Balestra qui touche, le temps d’un soliloque halluciné: elle décline en bordure de scène, en bordure de tristesse, en bordure de tout, l’attente d’une femme harcelée par ses démons, maltraitée par les paparazzis.

On se met à rêver alors d’un vrai portrait de Romy Schneider qui ne serait pas prétexte à esbroufe dramatique et à petit jeu entre amis, mais qui rendrait justice à ses ambivalences. Sinon à quoi bon faire revenir à la lumière l’héroïne des Choses de la vie?


La Côte d’Azur, Genève, Poche, jusqu’au 16 décembre. https://poche---gve.ch

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