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Marie Bäumer incarne Romy Schneider dans «Trois jours à Quiberon».
© DR

Cinéma

Romy Schneider, une étoile qui s’effondre

«Trois jours à Quiberon» retrace un séjour de la comédienne en thalassothérapie et l’interview autodestructrice qu’elle accorda à un journaliste allemand

Un cerf-volant au-dessus de la plage, une femme de dos face à la mer. Silhouette gracile que tempère une forme d’abattement, on reconnaît immédiatement Romy Schneider. On est en avril 1981, à Quiberon, où la comédienne soigne ses problèmes d’addiction à l’alcool et aux médicaments. Son visage nu est marqué par la fatigue, une première ombre de vieillesse creuse ses traits, elle est différente de l’image que nous gardons d’elle à l’écran.

Est-ce la caution du noir et blanc? Est-ce l’antécédent de L’enfer, ce film inachevé d’Henri-Georges Clouzot dont, en 2009, ont ressurgi les images «lumineuses, radieuses, incandescentes» de l’une des actrices les plus envoûtantes du cinéma français? Est-ce la qualité de la reconstitution historique? Ou la troublante ressemblance physique que Marie Bäumer entretient avec Romy? On embarque dans Trois jours à Quiberon avec la conviction de partager l’intimité de Romy Schneider par le biais d’une pellicule d’époque. Or, on est dans une fiction, précisément documentée et inspirée par une interview publiée dans le Stern le 23 avril 1981.

«Malheureuse et saoule»

Hilde Fritsch (Birgit Minichmayr), restauratrice d’art, vient retrouver et soutenir moralement son amie d’enfance. Débarquent aussi à Quiberon le photographe Robert Lebeck et le journaliste Michael Jürgs. Le Stern a besoin de scandale. L’Allemagne ne pardonne pas à Sissi d’avoir déserté, d’être partie avec «le plus grand charmeur» (Alain Delon) faire du cinéma d’auteur en France.

Romy est moralement épuisée. Elle n’en peut plus d’être toujours ramenée à Sissi. Elle souffre de blessures anciennes, comme l’absence de son père, parti avec une autre, ou les relations de sa mère avec les plus hauts dignitaires du parti nazi («Tout le monde ne peut pas dire qu’Hitler était amoureux de sa mère», grince-t-elle), et de plaies plus récentes comme la rupture avec Delon ou le suicide de son ancien mari. Fragile, dévorée par le trac sur les plateaux, elle boit pour calmer ses angoisses.

Elle est sur la défensive lors de la première partie de l’entretien, reniant Sissi pour proclamer la toute-puissance de Romy. Elle passe une soirée bien arrosée dans le bistrot d’à côté, signe des autographes et danse avec un truculent poète local (Denis Lavant). Le lendemain, l’interview reprend. Considérant la manipulation comme une condition du journalisme, Michael Jürgs commande du champagne. Romy y recourt jusqu’à sombrer dans l’inconscience. Elle se met à nu, à travers notamment cette déclaration pathétique: «Je suis une femme de 42 ans, malheureuse et saoule, et je m’appelle Romy Schneider.» Trois jours à Quiberon donne à voir un astre qui s’effondre sur lui-même. C’est un spectacle d’une grande tristesse, propre à incommoder Sarah Biasini, la fille de la comédienne, qui a dénoncé un «film malsain et opportuniste». La réalisatrice, Emily Atef, a dû rappeler qu’il s’agissait d’une fiction.

Lire aussi: La légende revit au cinéma, dans la polémique (revue de presse)

Dans un sursaut éthique, Michael Jürgs donne l’interview à relire. Romy l’approuve dans son intégralité, la paraphant d’une bravade: «Je continuerai à vivre, et heureuse.» Quelques semaines plus tard, son fils de 14 ans se tue accidentellement. Anéantie par le chagrin, la comédienne s’éteint le 29 mai 1982.

Elle était «la plus grande star européenne». Son étoile a pâli, sa filmographie résiste mal à l’épreuve du temps. Lorsqu’elle reçoit le Prix Romy-Schneider en 2015, Adèle Haenel fait grincer quelques dentiers en reconnaissant n’avoir jamais vu la star austro-française au cinéma. Ainsi passent les étoiles et les êtres de chair qui ont souffert.


Trois jours à Quiberon (3 Tage in Quiberon), d’Emily Atef (Allemagne, Autriche, France, 2018), avec Marie Bäumer, Birgit Minichmayr, Robert Gwisdek, Charly Hübner, Denis Lavant, 1h56.

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