Peu d’œuvres ont inspiré autant de déclinaisons scéniques et cinématographiques que La Ronde d’Arthur Schnitzler. En voici une nouvelle variation, imaginée par le scénariste dramaturge britannique Peter Morgan (The Queen, Frost/Nixon, Au-delà) et réalisée par le globe-trotter brésilien Fernando Meirelles (La Cité de Dieu, La Constance du jardinier, Blindness). Pour nous parler de l’amour à l’ère des échanges globalisés?

Cela commence donc à Vienne avec deux sœurs slovaques, dont l’une va débuter comme escort girl avec un homme d’affaires anglais. Mais le rendez-vous ne débouche que sur un chantage qui le renvoie piteusement à Londres. De son côté, son épouse a une liaison avec un jeune Brésilien dont la petite amie ne supporte plus les escapades. Cette dernière prend l’avion pour rentrer à Rio mais se retrouve bloquée à l’aéroport de Denver, où elle rencontre… et ainsi de suite, jusqu’au retour à la case départ, dans un aller-retour plutôt qu’un véritable cercle. Entre-temps, on aura encore rencontré un dentiste maghrébin, veuf et amoureux, un couple russe mal assorti, un vieil homme à la recherche de sa fille disparue et un violeur en liberté surveillée.

Perte du sens

En fait, au lieu de s’en tenir à la ronde un peu mécanique des infidélités, les auteurs ont voulu mettre l’accent sur l’idée de choix: chaque personnage, saisi à un instant crucial de son existence, saura-t-il faire le bon? A vrai dire, on s’en fiche un peu, tant les sketches limitent leur épaisseur et tant les dés paraissent pipés dans un film aussi écrit que celui-ci. L’intérêt réside dès lors plutôt dans l’élégance un peu froide de la mise en scène (transitions, split-screen, architecture, etc.) et le panachage d’acteurs internationaux, plus ou moins célèbres (sans surprise, c’est Anthony Hopkins qui tire son épingle du jeu).

Autant dire qu’on suit sans déplaisir ce film choral où des destins si divers s’entrecroisent. Par contre, le manque de sens, d’un véritable propos, se fait sentir. Or c’était bien sûr là la force de l’œuvre de Schnitzler et de sa fameuse adaptation par Max Ophüls, en 1950. Ici, dans ce qui ressemble plus à un dérivé du Babel d’Alejandro Gonzalez Iñarritu et Guillermo Arriaga, tout paraît un peu trop dilué, aléatoire et imaginé dans les limites d’un certain «bon goût». Quoique jamais désagréable, 360 paraît ainsi bien trop superficiel pour faire état d’une supposée crise de l’amour à l’heure de la mondialisation. 360, de Fernando Mei­rel­les (GB, Autriche, France, Brésil, 2011), avec Luca Siposová, Gabriela Mar­­cinkova, Jude Law, Moritz Bleib­­treu, Rachel Weisz, Maria Flor, Anthony Hopkins, Ben Foster, Jamel Debbouze, Dinara Droukarova, Vla­dimir Vdovichenkov. 1h51.